« Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou »

Fév 14, 2012 by

« Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou »

Nuit et brouillard » chanson de Jean Ferrat)

La page d’accueil de Yahoo du 10 février dernier, sous le titre « L’homme qui refusa de faire le salut nazi », évoquait, photo à l’appui, le cas d’August Landmesser un allemand qui refusa de faire le salut nazi au milieu d’une foule enrégimentée et endoctrinée « qui lève le bras à l’unisson ». Bel exemple de courage, de refus d’être mouton de Panurge.

D’autres personnes ont su dire non durant cette époque particulièrement dramatique. Il est regrettable que leur évocation échappe constamment aux médias et aux dirigeants politiques. Plongeons, si vous le voulez bien, dans l’histoire des années 1924-1945.

En 1924, Hitler rédige, avec l’aide d’un prêtre catholique : Bernard Stempfe, son livre Mein Kampf (mon combat). Dès cette époque, Hitler vise les Francs-maçons et les Juifs (le Vatican lui fera ajouter par la suite les…Témoins de Jéhovah, une église particulièrement dérangeante compte tenu de son attachement au christianisme originel). Ces minorités seraient responsables des difficultés de l’Allemagne. Cet écrit préconise, pour s’en débarrasser définitivement l’utilisation des gaz asphyxiants.

Dès son arrivée au pouvoir, en janvier 1933, Hitler exécute son plan et envoie dans les camps de concentration ou d’extermination des groupes entiers d’humains : Juifs, Tziganes, communistes, Témoins de Jéhovah, Francs-maçons, homosexuels…

Durant cette période, les Témoins de Jéhovah ont collectivement en tant que religion attachée au christianisme, et individuellement affirmé leur authenticité, leur sincérité, leur foi, leur fermeté, leur attachement aux valeurs chrétiennes : respect de la vie, pacifisme, fraternité universelle. Ils poursuivirent avec dignité et endurance leur combat pour ces « valeurs de notre civilisation judéo chrétienne », un thème qui semble revenir au premier plan de l’actualité politique…

Une résistance collective

Leur résistance au nazisme, au fascisme, à l’assassinat programmé, au génocide leur valurent de terribles persécutions : arrestations, privations, mauvais traitements, travaux forcés dans le froid, le manque de nourriture, les épidémies, les « expériences médicales » inutiles sous l’égide des « médecins maudits », les « liquidations » brutales (pendaisons, pelotons d’exécution…), la lente agonie…. 10.000 connurent les camps de concentration (certains y passèrent…12 ans, de 1933 à  1945), 2.000 y moururent. Les Témoins de Jéhovah étaient connus dans ces camps de la mort sous le nom des Triangles violets.

A la fin de la guerre, des personnalités ont tenu à apporter leur témoignage sur ce NON MASSIF qui a été opposé au nazisme et au fascisme par cette petite église chrétienne.

« (…) J’ai pu en effet, éprouver en Allemagne, lorsque j’y étais interné, la fermeté et la fidélité de conviction de vos amis, c’est pour cela que j’accepte volontiers, d’être témoin des « témoins de Jéhovah ».

Et j’interviens par même courrier auprès du Préfet de police afin qu’il vous rende l’autorisation d’exercer librement votre culte (…)

Lettre de Léon Blum en date du 21 avril 1947

(Ancien chef du gouvernement français, un juif déporté)

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« Je suis heureuse de pouvoir vous donner mon témoignage sur les étudiants de la Bible (Bibelforscherinnen) que j’ai rencontrées au camp de Ravensbrück.

En effet, j’ai pour elles une véritable admiration. Elles appartenaient à différentes nationalités : allemande,  polonaise, russe ou tchèque et ont subi pour leurs croyances de très grandes souffrances admiration.

Les premières arrestations avaient eu lieu depuis dix ans et la plupart de celles qui avaient été amenées au camp à ce moment là étaient mortes des mauvais traitements qu’on leur avait fait subir ou avaient été exécutées.

J’ai connu cependant quelques survivantes de cette époque et d’autres prisonnières arrivées plus récemment ; toutes faisaient preuve d’un très grand courage et finissaient par en imposer aux S.S. eux-mêmes. Elles auraient pu être libres sur le champ si elles avaient renoncé à leur foi. Au contraire, elles ne cessaient de résister, réussissant même à introduire dans le camp des livres et des tracts qui ont valu la pendaison à plusieurs d’entre elles.

De plus, restant fidèles à leur croyance, la plupart d’entre-elles ont toujours refusé de prendre part à des industries de guerre ce qui leur a valu de mauvais traitements et même la mort (…) »

(Lettre de Mme Geneviève de Gaulle, nièce du général de Gaulle, écrite le 8 août 1945)

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L’internement des Témoins de Jéhovah est du à leur refus de servir dans les armées de nazies, de faire le salut d’allégeance à Hitler, de participer à l’effort de guerre.

Une résistance collective…Composée de milliers d’actes individuels.

Ces actes de courage se comptent par milliers. Les pages manqueraient pour les relater tous. Comment peut-on, en quelques lignes, rendre hommage à ces chrétiens authentiques qui ont su dire NON à un moment dramatique de l’histoire de l’humanité ? Comment rendre hommage à cette multitude de combats individuels dont un grand nombre est resté méconnu ?

Quels récits choisir ?

Celui de la petite française Simone Arnold qui, à l’âge de 13 ans, est demeurée ferme dans ses convictions malgré les pressions. Condamnée à deux reprises par le tribunal de Constance, elle sera placée dans une maison de redressement…en Allemagne ?

Celui de la famille allemande Kusserow, composée de onze enfants qui sont enlevés aux parents, les membres déportés (Dachau, Ravensbrück) et deux garçons assassinés : Wilheim (fusillé le 26 avril 1940), Wolfgang (décapité en 1942) ?

Celui du français, Louis Piéchota déporté et qui survit à « la marche de la mort » lorsque les nazis évacuèrent, devant l’avancée russe, les camps de concentration ?

Le sacrifice d’August Dickmann qui, âgé de 27 ans, demeure ferme malgré les insultes, les menaces, les pressions des nazis l’enjoignant de renoncer à sa foi. Devant plus de 600 coreligionnaires rassemblés dans la cour du camp de Sachsenhausen, il maintient sa position et est publiquement assassiné par trois S.S. ?

Celui de Marcel Sutter, un jeune alsacien, qui en raison de son refus de servir sous l’uniforme nazi a été décapité à l’âge de 23 ans, en 1942 ?

Celui d »Hélène Gothold, arrêtée en 1937 à l’âge de 41 ans. Frappée à coups de bâton, elle perd l’enfant qu’elle porte. Elle sera guillotinée le 4 août 1944 ?

Le choix des récits ne fait pas défaut. Tous ces hommes, ces femmes et ces enfants ont refusé de s’incliner, d’avaliser l’horreur, de se commettre, de se salir, de capituler.

Des États ont tenu à immortaliser leur combat en l’inscrivant dans la mémoire collective de leurs peuples.

Ainsi, les États-Unis d’Amérique ont construit un musé de l’Holocauste à Washington afin de perpétuer le souvenir de tous les groupes persécutés par les nazis. Une revue américaine, lors de l’inauguration de ce centre en 1993, a écrit :

Ce musée devrait être d’un intérêt tout particulier pour les Juifs et les Témoins de Jéhovah, américains ou étrangers, groupements religieux  particulièrement visés par le génocide décidé par le régime hitlérien.

Et en France ? S’agissant des Témoins de Jéhovah, ce serait plutôt l’oubli le plus complet. Il est vrai que l’évocation de ces combats anciens s’harmonise mal avec une politique étatique trentenaire faite de discriminations, de contre-vérités, de nuisances. Washington à son musée, la France a sa Miviludes et son Unadfi. Toutes les civilisations ne se valent pas au niveau des droits de l’homme ? La question mérite d’être posée ! Qui pourrait le nier ?

« (…) Peut-être la persécution systématique des chrétiens devrait-elle être, pour les partisans de la liberté, un signal d’alarme, avertisseur de tyrannie totalitaire »

(Extrait de « Mémoire de Témoins 1933-1945 »)

La Liberté est indivisible. Elle existe ou elle n’existe pas. Mais, on ne peut la fractionner afin d’en exclure certains groupes ou individus.

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