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DE LA FIEVRE AU … DELIRE

La France, « Pays des droits de l’Homme », se discrédite depuis vingt cinq ans dans ce qu’il convient d’appeler une « chasse aux sorcières » qui vise tout groupement minoritaire de caractère religieux, philosophique, thérapeutique…et, d’une façon générale, tout ce qui va à l’encontre d’une laïcité de combat inspirée par la pensée unique.

Un bref historique retracera cette lente dérive des institutions et les conséquences de ce qu’il convient d’appeler une « guerre d’un autre âge ». Puis, dans un second temps, j’évoquerai l’action qui a été entreprise fin septembre dernier auprès du Gouvernement français.

Historique

Plusieurs AAS (Association « Anti-Sectes ») ont vu le jour dans les années 80. Leur création, sur le plan des principes, ne me pose aucun problème. Elle procède de l’exercice de la démocratie et du droit de critique.

La principale, l’Unadfi, a été créée par des catholiques et animée par des prêtres.

Après des débuts timides, assez curieusement cette association, malgré des effectifs squelettiques, a bénéficié de l’appui des médias. Ses principales cibles depuis trois décennies ont été l’ACTJF (association cultuelle des Témoins de Jéhovah de France), l’Eglise de Scientologie et de minuscules groupes dont certains, tel Horus dans la Drôme, étaient d’inspiration… écologique et prônaient un retour à la nature !

S’agissant des Témoins de Jéhovah et de l’Eglise de Scientologie, la CEDH a décidé dans plusieurs arrêts qu’il s’agissait de « cultes ». Près d’un millier de décisions du juge administratif français ont retenu la même solution pour les Témoins de Jéhovah.

Cette reconnaissance par les juridictions internationales et nationales n’a jamais ralenti la virulence des attaques de l’Unadfi qui, outre le soutien des médias a très vite bénéficié de l’aide massive des pouvoirs publics sous forme de subventions et de partenariat dans les décisions politiques.

Dans les années 90, les fondateurs catholiques de l’Unadfi ont été écartés par l’arrivée de personnes appartenant à l’aile dure de la franc-maçonnerie.

En 1996, un décret du Gouvernement français accorde à l’Unadfi le statut « d’utilité publique ». Cette reconnaissance par l’Etat lui procure d’immenses prérogatives :

- droit d’entrée dans les ministères,

- actions communes avec l’Etat,

- droit de se constituer partie civile dans les procès pénaux contre « les sectes » (une notion inconnue du droit !).

Un dernier pas sera franchi avec l’appréhension du dossier « sectes » par les élus de l’Assemblée nationale, la création de structures étatiques et de commissions parlementaires aux noms les plus divers mais ayant comme commun dénominateur : les préjugés, l’intolérance et la discrimination. La dernière en date de ces structures est la « Miviludes ».

A ce stade de l’évolution, il devient évident que le combat contre les minorités devient l’affaire de l’Etat. Il s’agit ni plus, ni moins, de faire disparaître ces cultes, croyances et mouvements de pensée du paysage français.

Ainsi, dans des conditions totalement illégales eu égard aux dispositions du CGI (code général des impôts), l’Etat a procédé à la taxation, à hauteur de 60%, des offrandes reçues par l’Eglise des Témoins de Jéhovah. Fait unique dans l’histoire de la France. Fait isolé, puisque seule cette Eglise a été pénalisée par un tel redressement fiscal : 45 millions d’euros ! Redressement accompagné d’une saisie des biens immobiliers… Aucune des 800.000 associations françaises n’a été pénalisée par un tel régime discriminatoire.

La tentative de génocide cultuel est incontestable.

Aujourd’hui, la politique constante menée par les gouvernements successifs et l’ »Unadfi débouche sur une situation honteuse qui défie l’entendement et le bon sens élémentaire :

- utilisation discrétionnaire, par une poignée de personnes, de la notion « secte », notion nous le rappelons qui n’a aucune existence juridique mais qui permet de frapper d’anathème toute organisation jugée indésirable,

- marginalisation et exclusion de femmes, d’enfants et d’hommes contraints de cacher leurs croyances. Des personnes ont perdu leur emploi en raison de leurs convictions religieuses. J’ai connu une telle infortune et je défends actuellement mon épouse qui a été licenciée pour ce prétexte par le Département de l’Eure. Le tribunal administratif et la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations) sont saisis de cette affaire,

- amalgame basé sur la désinformation (plusieurs dirigeants de l’Unadfi-ADFI ont été condamnés pour diffamation),

- osmose complète entre les pouvoirs publics et l’Unadfi conduisant à la publication de rapports parlementaires qui alimentent chez la population les préjugés et l’intolérance. Comment dès lors s’étonner de la multiplication des actes racistes et antisémites ?

- manquement grave de l’Etat à son obligation de neutralité et des médias à leur déontologie professionnelle.

De tels engagements sont incompatibles avec le soutien actif d’une association chargée de combattre des minorités et la mise en place d’organismes étatiques donnant une dimension nationale et officielle à cette croisade d’un autre âge.

L’Etat français ne peut signer de la main droite des engagements internationaux et compromettre leur respect de la main gauche. Certes, un vent nouveau semble souffler avec l’arrivée du président Nicolas Sarkozy qui, en la matière, fait preuve de tolérance par rapport à ses devanciers. Le Président de la République a évoqué l’idée d’une nouvelle laïcité qui permettrait d’intégrer les nouveaux mouvements cultuels et spirituels. Ces derniers fondent de grands espoirs sur ce projet de société dont la concrétisation n’est pas chose aisée compte tenu de la puissance et de l’enracinement de certaines idéologies extrémistes.

L’histoire confirme que l’instauration d’un climat d’intolérance, de discrimination et de haine à l’égard de groupes minoritaires débouche inévitablement sur des drames à l’échelle humanitaire. Les Témoins de Jéhovah, les Juifs, les Tziganes, les homosexuels…ont payé un lourd tribut dans les camps de concentration nazis.

L’Europe en formation forme une mosaïque religieuse et ne peut se permettre de telles dérives.

Il appartient à chacun de s’insurger contre la situation que je dénonce et qui existe, je n’en doute pas, dans d’autres Etats composant le Conseil de l’Europe.

A défaut, l’histoire jugera. Alors, personne au sein des instances dirigeantes ne pourra dire : « j’ignorais », ou plus hypocritement : « si j’avais eu connaissance de telles illégalités, je n’aurais pas manqué d’intervenir ».

Remords et prise de conscience qui, dans chaque drame, sont toujours tardifs, stériles et…irresponsables.

Christian Paturel

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