Archive pour 4.11.2009

Secte : La machine à remonter le temps : 1974 - 2010 (part 4)

page11-web.jpgFace à ces constellations religieuses, ces mosaïques cultuelles, les Témoins de Jéhovah présentent une unité sans faille. Il convenait de rappeler cette réalité qui est malheureusement trop souvent oubliée.

Nous le constatons, l’évocation du mot «secte» soulève quantité de problèmes. Tant au niveau des religions établies que des «sectes», il existe des appellations trompeuses. Il convient dès lors d’être prudent dans le maniement de notions imprécises qui sont très souvent utilisées de façon péjorative pour désigner tout mouvement, groupe, rassemblement qui ne respecte pas un certain «conformisme» par rapport aux valeurs et mode de vie de la société bien pensante.
La chanson de Georges Brassens est toujours d’actualité : «non les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux…».

LE NO MAN’S LAND SPIRITUEL

S’agissant de ces nouveaux groupes qui s’écartent de la «norme ambiante» (la «Norme française spirituelle» !), de nombreux sociologues, juristes, psychologues…ont tenté en vain de les différencier des religions. L’approche peut emprunter diverses voies et retenir :

- L’aspect création ou plagiat.

Il conduit à distinguer les minorités «créées de toutes pièces» et celles qui opèrent au sein des religions établies. En un mot l’opposition née de Darwin entre «création» et «évolution».

Le terme «secte» ne désignerait que les «groupes de personnes qui à l’intérieur d’une religion, professent les mêmes opinions particulières» (définition du dictionnaire Hachette 1990).
Cette classification ne peut satisfaire les associations anti-sectes qui naviguent déjà à l’aveuglette dans un domaine qu’elles ignorent (ou méprisent) : la liberté de conscience. En effet, selon cette analyse :

* Les Eglises établies seraient de grandes religions formées d’une multitude de sectes.

* L’Eglise des chrétiens Témoins de Jéhovah serait une petite (pour l’instant) religion n’ayant aucune secte à son bord.

- L’aspect révolutionnaire ou réformateur de l’idéologie diffusée. Mais, ce qui dérange n’est-il pas par nature «révolutionnaire» ? Le Pape est opposé à l’avortement au nom du respect de la vie. Cette prise de position «dérange» de nombreux fidèles. Le Vatican devient-il une secte ? Du moins sur cette question..;

- L’aspect dangerosité :

les «sectes-escroquerie» et les «sectes-sorcellerie», pour reprendre l’expression du Professeur Jacques Robert, seraient mises à part. Selon ce juriste, en dehors de ces deux catégories, les sectes ne se différencient pas des religions.

- L’aspect réaliste ou utopique du mouvement. Mais, les indigènes qui placent de la nourriture sur la tombe de leurs morts qui ne peuvent plus se nourrir manquent-ils de réalisme par rapport aux occidentaux qui déposent des fleurs… alors que leurs chers disparus sont privés d’odorat ?

Quid du culte des ancêtres pratiqué par les Japonais ?

- L’aspect strictement cultuel ou mystique, ésotérique des mouvements. On distinguerait alors les mouvements dits «orthodoxes» (dont les enseignements seraient fondés sur une valeur sûre, la Bible par exemple) des autres qui recouvrent d’ailleurs des sensibilités très diverses (guérisons ésotériques, yoga, spiritisme, magie, occultisme, astrologie..). Cette classification risque d’écarteler (supplice particulièrement désagréable) les Français dans la mesure où 67% seraient catholiques tout en dépensant chaque année environ 20 milliards pour connaître leur avenir grâce à l’astrologie, les arts divinatoires, la sorcellerie, les sciences occultes…

Selon une enquête («Madame Figaro» du 27 mars 1993), «58 % des Français tiennent l’astrologie pour une science». Il est vrai que les statistiques des grandes églises ne sont pas à une entorse près et sont établies avec une précision très approximative…

- L’aspect national ou extérieur du mouvement.

Nos produits dits «locaux» (religions occidentales) se différencieraient des importations provenant d’autres parties de la planète.

Selon certains, la qualité (et l’aspect rassurant) de notre production régionale trancherait du… «made in Taïwan» qui seul serait qualifié «secte». L’établissement d’un tel contrôle douanier cultuel heurte la raison. Comment peut-on apposer l’étiquette «secte» sur des religions telles : le Confucianisme, le Bouddhisme, l’Hindouisme ?

Ce classement est inspiré par un protectionnisme hérité du 19è siècle. Nous pourrions multiplier à l’infini les formules de classement qui présentent le commun dénominateur d’être insatisfaisantes.

Ce bref aperçu confirme la difficulté de l’entreprise. Le terrain est mouvant, glissant et se dérobe sous les pieds.

Malgré ces difficultés, certaines associations anti-sectes, conscientes de l’extrême fragilité de leur position, des critiques encourues ont tenté de fixer un cadre, des principes, des règles justifiant leurs actions.

L’une d’entre elles : l’A.D.F.I. catholique, a défini la «secte» (voir le «Quid» de 1993 page 554 b ). Selon cette association, il y aurait plusieurs éléments d’identification :

1 - «La manipulation mentale» des membres

2 - entraînant «une destruction de la personne»

3 - une «destruction de la famille»

4 - une «destruction de la société»
Au niveau «des moyens utilisés par la secte», l’ADFI catholique relève :

5 - « séduire et sur valoriser le futur- adepte »

6 - « anesthésier l’esprit critique et la personnalité du futur adepte »

7 - « renforcer l’adhésion au groupe et favoriser les ruptures »

8 - « rendre le retour impossible »

La définition est satisfaisante en soi. Tout dépend de la façon dont ces critères cumulatifs sont mis en œuvre.

Nous ne contestons pas la raison d’être des associations de défense contre les mouvements dangereux.

Nous marquons par contre notre profond désaccord au niveau de l’intolérance, du climat de haine suscités par les éléments dirigeants, «les troupes de choc» de ces associations.

Ainsi, certaines communautés agraires regroupant des écologistes, des personnes désireuses d’effectuer «un retour à la terre» et d’associer leurs moyens de production, ont été qualifiées de sectes (rien d’inquiétant jusqu’ici) et font l’objet d’attaques, de dénigrement (ce qui devient inadmissible).

La guerre menée contre l’Association cultuelle des Témoins de Jéhovah illustre bien cette inquiétante «déviation» par rapport à la «Directive» sus-mentionnée qui a été spontanément adoptée par l’ADFI catholique. Il existe en France plusieurs centaines de sectes (selon les rapports Vivien et Guyard). Toutes sont combattues par l’A.D.F.I catholique avec la même virulence, obstination, agressivité.
A croire les responsables de cette association, toutes les batailles sont justifié. Aucune erreur ne serait commise, le parcours serait sans faute. Le «dogme de l’infaillibilité papale» resurgit avec force. Est-ce étonnant compte tenu du parrainage de cette association ?

Certains «moyens» reprochés aux «sectes» sont utilisés sans scrupules.

page105-web.jpgLE COMPORTEMENT DES ASSOCIATIONS ANTI-SECTES

La démarche des associations anti-sectes est la suivante : non conformisme = secte = dangerosité = élimination.

De telles conceptions ont été dans le passé à l’origine de nombreux malheurs pour l’espèce humaine.

Songeons aux guerres de religion en France où plus de 300.000 protestants furent contraints de quitter leur terre natale. Ces expulsions furent une grande perte pour le pays sur les plans culturel, commercial, cultuel… Songeons aux génocides indien, arménien, juif, tzigane… commis dans le inonde.

Une remarque générale : les sectes sont le produit de notre crise de civilisation. Les combattre revient à attaquer les effets d’un mal en feignant d’en ignorer les causes profondes. Est-ce réaliste ?

Les humains se livrent à une réflexion personnelle sur la vie, le monde, le bonheur… De nombreuses personnes abandonnent l’autoroute monotone des grandes religions et empruntent les petits chemins de l’arrière pays afin de vivre des expériences originales, enrichissantes… et parfois dangereuses.

Les symptômes de cette crise morale, spirituelle, intellectuelle sont nombreux : développement de l’hédonisme sous toutes ses formes (sport, loisirs, jeux d’argent…), irruption des mouvements révolutionnaires à la conquête de la «Liberté», recherche des «paradis artificiels» de la drogue… et l’attrait irraisonné pour les mages, les gourous, ces «guides spirituels» (sic) nouveaux. Ces refuges constituent en quelque sorte un médicament pour lutter contre l’angoisse, la peur d’un avenir inquiétant.

Les nouveaux mouvements religieux attirent principalement la jeunesse de notre pays. Nos jeunes se détournent du modèle de société que nous leur proposons (ou plus exactement, imposons).
En effet, entre le chômage, la société de consommation, la disparition de notre environnement, des retraites hypothétiques, une multiplication des sans logis, des banlieues transformées en ghetto… la marge de manœuvre et les possibilités d’exercer un libre arbitre sont pour le moins réduites.***
***Les jeunes contestent les valeurs, les structures, les mentalités, les buts… de notre société.

Lorsque notre société agresse les sectes, sans distinction, elle attire l’attention sur ces moyens «d’évasion». Ce faisant, elle suscite l’intérêt d’une jeunesse qui, dans sa révolte, est à la recherche d’une autre forme d’épanouissement. Or, et c’est le drame, certaines structures d’accueil ne sont pas recommandables. La dangerosité (notion qui doit être préalablement définie) de quelques sectes qui ne sont absolument pas représentatives du phénomène, ne doit pas conduire à une guerre généralisée contre tous les mouvements minoritaires.

L’ADFI catholique rassemble de nombreux parents désemparés de voir leurs enfants «récupérés» par des «sectes». Nous comprenons fort bien leur désarroi. Certains parents n’ont rien à se reprocher dans cette dislocation de la cellule familiale. Par contre, des pères et mères ont renoncé à assumer leurs responsabilités. Les tribunaux correctionnels et pour enfants regorgent de ces «jeunes oubliés».

page45-web.jpgIl est faux d’affirmer que «les sectes ont pris nos enfants». Il serait plus exact de reconnaître humblement que «nous avons perdu nos enfants» et de se poser en toute honnêteté les questions suivantes : Pourquoi ? Ai-je bien assumé mes devoirs et responsabilités ? N’ai je pas sacrifié mes enfants pour mon travail, mes ambitions ? Etais-je toujours présent et disponible pour les aider dans leurs difficultés ?

Il est vrai que de telles questions dérangent, remettent en cause beaucoup d’habitudes, de certitudes. Il est plus facile de trouver des « boucs émissaires ». Ces derniers d’ailleurs réapparaissent à l’occasion de chaque crise. Sous l’empereur Néron, ce furent les chrétiens de l’Eglise primitive, à d’autres époques : les Juifs, les Jésuites, les Maçons…et aujourd’hui, à côté des immigrés, « les sectes »».

Cette politique de l’autruche ne permettra nullement la résolution des problèmes évoqués. Il faut savoir affronter ses propres responsabilités et… la cruelle vérité.

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Pierre Burrucand haine d’hier et d’aujourd’hui

 

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