3ème partie : Les renforts

Mai 21, 2013 by

cp1L’ENNEMI AUX CENT VISAGES

3ème partie : Les renforts

La résistance s’organise
Les premiers FTP (francs tireurs partisans)

Dans les années 80, face à la déferlante antisectes, la résistance manque dramatiquement d’effectifs. Les personnes qui s’insurgent contre ces discriminations, ce harcèlement, cette « mise à l’index », ne sont alors qu’une poignée : Danièle Gounord, Anne Morelli, Jacques Robert, Jean Bauberot, Emile Poulet, Jean-Marc Florand, Philippe Goni, Massino Introvigne (du Cesnur), Régis Dericquebourg, Bernard Blandre, Olivier-Louis Seguy, Isabelle Rouvière-Perrier… et surtout le professeur Pierre Barrucand qui mérite un éloge tout particulier.

Pierre Barrucand, qui connaît le sujet (Maître de recherches honoraire au CNRS) et qui a prouvé son attachement aux libertés (Médaille de la Résistance et Croix de guerre) rédige, dès le début de cette dérive liberticide française, un excellent article : « Haines d’hier et d’aujourd’hui, campagnes antijuifs, antimaçons, antisectes ». Petite parenthèse, il est regrettable que les maçons, après avoir été victimes de l’intolérance en deviennent ses serviles représentants. Voici un court extrait de l’analyse faite à l’époque par le professeur Barrucand, une analyse qui est d’une brulante actualité et qui n’a pas pris une ride :

« Si manipulation mentale il y a, elle est le fait de l’ADFI dont les membres s’intoxiquent eux-mêmes (…) Mais puisque les antisectes répètent en permanence les mêmes « informations », cette sottise a été reproduite indéfiniment. D’ailleurs certains porte-parole « antisectes » ont une tendance marquée à se considérer comme seuls compétents pour distinguer ce qui est secte de ce qui ne l’est pas (…). Ici encore, nous retrouvons ce caractère ecclésiastique et dogmatique des organisations antisectes chasseresses d’hérésie et qui s’attribuent elles-mêmes un droit de remontrance contre tous ceux qui ne partagent pas leurs analyses (…) »

Pour actualiser cette analyse, il suffit d’ajouter à l’ADFI les acteurs suivants : Miviludes, commissions parlementaires.

Ces premiers défenseurs des droits des minorités proviennent d’horizons divers : juristes, chercheurs, sociologues, historiens des religions, avocats, universitaires, journalistes, écrivains… La plupart analysent, sans esprit partisan et de façon scientifique et neutre les nouvelles spiritualités. Quant aux quatre ou cinq personnes qui s’engagent en tant que membres appartenant à des  religions minoritaires, elles  s’exposent bien évidemment aux représailles. Il existe sur ce point de solides statistiques qui sont assez révélatrices du climat de l’époque.

« Vous pouvez tromper tout le monde un certain temps ;

Vous pouvez même tromper quelques personnes tout le temps ;

Mais vous ne pouvez tromper tout le monde tout le temps »
(Abraham Lincoln)

Les rangs de cette petite troupe de départ vont grossir :

Avec l’arrivée d’une génération jeune, dynamique et généreuse : Dominique Kounkou (qui a publié plusieurs ouvrages aux éditions L’harmattan), Inès Wouters, Thierry Bécourt, Paul Vinel, Eric Bouzou, Michel Trizac, Philippe Van Langendonck, Willy Fautré, Davy Forget (auteur du livre « Témoins de Jéhovah en France : entre reconnaissance et discrimination » édition ILV), Gérard Ducrey, Jean-Luc Martin-Lagardette, Eric Roux (auteur du livre « Inquisition en bande organisée » chez les Editions les 3 génies), le regretté Louis Pauwels, Jean-Louis Gagnot, Thierry Delval… Il est difficile de les mentionner tous. Ils représentent aujourd’hui une véritable armée. Une petite pensée émouvante pour Maryse qui nous a quittés l’année dernière après avoir mené un très dur combat contre la maladie.

Louis Pauwels (co-auteur avec Jacques Bergier du livre « Le Matin des Magiciens »), publie dans le quotidien Le Figaro (édition du 24 octobre 1996), un article qui ne passe pas inaperçu :

« (…) Les travaux de M Régis Dericquebourg, maître de conférences à l’université de Lille et membre du groupe de sociologie des religions et de la laïcité, et ceux de Me Christian Paturel, montrent que cette guerre contre les sectes réveille l’esprit d’inquisition et s’apparente, dans bien des cas, aux procès en sorcellerie, où la rumeur tenait lieu de preuve. Il suffit désormais d’accuser un groupe marginal de captation de la personnalité, de manipulation mentale pour qu’il se trouve rangé au nombre des sectes et, par la même, mobiliser contre lui l’opinion générale. Cette nouvelle chasse aux sorcières bénéficie des subsides de l’Etat et, sauf exception, du soutien sans réflexion des médias (…) »

La « tolérante » Unadfi assigne immédiatement Louis Pauwels devant le tribunal correctionnel pour diffamation. Affaire qui se termine par la relaxe du journaliste le 24 octobre 1996. En ce qui me concerne, mes ennuis allaient commencer… « Le Lagardère des ennuis » selon l’expression de mon épouse, vous connaissez ? « Si tu ne viens pas à moi, je viendrai à toi »…

Et, et … l’intervention, en France et à l’étranger, de ce qu’il convient d’appeler institutions : judiciaires, politiques et médiatiques.

Le réveil français

Les juridictions françaises, principalement le juge administratif, vont  assumer leur rôle traditionnel de « gardien des libertés individuelles et des libertés publiques ».

Le Conseil d’Etat, après avoir rendu, le 1er février 1985, un arrêt considéré comme défavorable à l’Association chrétienne des Témoins de Jéhovah, mais qui a surtout été très mal interprété par les ennemis, reconnaît huit années plus tard le « caractère cultuel au sens de la loi du 9 décembre 1905 » de cette Eglise (deux arrêts rendus le 13 janvier 1993). La Haute juridiction fait siennes les conclusions du commissaire du gouvernement de l’époque (appelé depuis : rapporteur public) : « Il reste alors à vérifier (…) si l’on est bien, au cas particulier, en présence d’un culte religieux, au sens de la loi du 1905. Il ne fait aucun doute, à nos yeux, que cette question appelle, en ce qui concerne les témoins de Jéhovah, une réponse affirmative (…) Et, si le terme de « secte » est parfois employé à leur propos, il ne souligne en réalité que leur caractère de religion minoritaire ».

Par cette décision, le Conseil d’Etat considère les Témoins de Jéhovah comme une religion au sens la loi du 9 décembre 1905 qui a rang de règle constitutionnelle.

Cette jurisprudence s’impose à l’administration française. Cette application correcte du droit est d’ailleurs confirmée par les faits et la réalité quotidienne.

Ainsi, en 2006, une N ème commission parlementaire est chargée d’établir un rapport sur « les enfants dans les sectes ». Georges Fenech, qui en est le président, auditionne les représentants de cinq ministères (intérieur, santé, éducation nationale, jeunesse et sports, affaires étrangères). Il attend de toute évidence un réquisitoire implacable de la part de ces fonctionnaires afin d’accréditer ses déclarations aussi imprudentes qu’infondées.

L’audition est retransmise par la télévision. Les Français qui suivent l’émission ont la preuve et la confirmation que la question des enfants dans les sectes est effectivement un « non problème ». Au grand dam de Georges Fenech tous les fonctionnaires interrogés confirment, chiffres à l’appui, l’absence de danger pour les enfants concernés.

Pour la petite histoire (car le procédé est petit), malgré des preuves aussi évidentes, le rapport parlementaire du 19 décembre 2006 minimise, édulcore voire écarte les  constats établis par les cinq ministères. Le rapport parlementaire de 2006 constitue une désinformation 24 carats. Pourtant, le Parlement avait voté en 2001 la loi About-Picard qui réprime le fait « de créer, de maintenir ou d’exploiter la sujétion psychologique ». Bel exemple d’honnêteté intellectuelle.

Un autre arrêt du Conseil d’Etat en date du 3 juillet 1996 mérite le détour.

Lors du dépôt de son rapport « Les sectes en France », la commission d’enquête  avait indiqué qu’elle avait travaillé sur la base des informations fournies par les Renseignements Généraux (R.G.) et que cette documentation était « un travail d’un très grand intérêt (…) une analyse très fine et très complète ». De façon peu élégante, les parlementaires se démarquaient et faisaient porter la responsabilité de leur entreprise de marginalisation des groupes minoritaires aux fonctionnaires de police des R.G.

Les Témoins de Jéhovah demandèrent communication du dossier des RG les concernant. Le Conseil d’Etat fait droit à cette demande malgré le refus du ministre de l’intérieur. Que contient ce dossier ? Le verdict est affligeant pour nos députés. Le juge administratif relève que le dossier des R.G. est constitué « d’appréciations qualitatives très laconiques sur les effets de l’association sur les individus et la société » et présente un « caractère succinct et anodin »

Ainsi, tout comme les paléontologues qui, à partir d’un fragment d’os de trois centimètres, reconstituent un animal préhistorique inconnu de… 30 mètres, la commission d’enquête parlementaire, sur la base d’un renseignement « succinct et anodin » a forgé et décrit une association sectaire redoutable. Petits enfants qui servez de prétexte au rapport de cette enquête parlementaire, appréciez le bon exemple donné par les élus de la Nation : courage, sens des responsabilités, droiture, honnêteté intellectuelle, légalisme, respect des vertus républicaines… Ces élus qui vont rétablir à la prochaine rentrée scolaire la morale et l’instruction civique. On s’étonnera après du taux d’abstention élevé de l’électorat jeune.

Le responsable national  des R.G. de l’époque : Yves Bertrand, une fois dégagé de ses responsabilités, dénoncera l’esprit antisecte qui a présidé à l’élaboration du rapport parlementaire et qui a conduit à confondre les mouvements minoritaires et les sociétés de pensée « aux authentiques mouvements sectaires qui aliènent la liberté de leurs membres ».

Ainsi, le Conseil d’Etat,  la haute administration de l’Etat et ses fonctionnaires  se sont très nettement démarqués de l’idéologie discriminatoire et liberticide du mouvement antisectes, qu’il soit associatif (Unadfi, CCMM..) ou politique (Miviludes, commissions parlementaires).

Le juge judiciaire civil n’est pas en reste. De très nombreuses décisions ont été rendues en matière familiale de façon indépendante, sans tenir compte de l’épouvantail sectes qui est continuellement agité. Il est impossible de les énumérer tant leur nombre est important. Leur commun dénominateur est que l’appartenance à une religion minoritaire ne peut en aucun cas constituer un motif légitime interdisant la garde des enfants ou justifier un divorce aux torts exclusifs de l’adepte.

Dans un autre domaine, la Cour d’appel de Rouen, dans son arrêt du 23 février 1994, a prononcé une voie de fait à l’encontre d’une commune dans une affaire concernant la construction d’une salle de culte des Témoins de Jéhovah (Dossier ALTJ  Elbeuf c commune de Caudebec-Les-Elbeuf). Une voie de fait est : 1 une grave illégalité 2 commise volontairement par l’Administration 3 et qui porte atteinte à une liberté fondamentale.

Sur ce, il existe au sein de la jurisprudence judiciaire des dossiers qui font tâche, notamment ceux portant sur l’imposition à 60% des dons faits à l’Association des Témoins de Jéhovah de France et à trois autres mouvements minoritaires. Dans chacune de ces quatre affaires, les trois degrés de juridiction (tribunal de grande instance, cour d’appel et Cour de cassation) se sont, disons, égarés… Le juge judiciaire national a été censuré, dans ces quatre contentieux, par la Cour européenne, à l’unanimité des sept juges.

La réparation des medias

Le rapport parlementaire de 2006 n’a pas été relayé par les médias et a laissé indifférente l’opinion publique, quelques excités congénitaux mis à part. La citation d’Abraham Lincoln s’avère une nouvelle fois exacte et pleine de bon sens.

Deux exemples récents sont révélateurs du changement opéré par les médias dans la façon de traiter les Témoins de Jéhovah.

Lors du décès à l’âge de 107 ans de Leopold Engleitner, « considéré comme l’homme le plus âgé ayant survécu aux camps de concentration », le quotidien national Le Figaro, met en ligne sur « Flash information » le 2 mai dernier, un article très élogieux. Le journal relève que cet homme « Témoin de Jéhovah (…) avait refusé de servir dans la Wehrmacht ». L’article retrace son  parcours : « Buchenwald, Niederhagen, Ravensbrück » et précise qu’il a enduré « quatre ans de captivité ».

De même, lors de la disparition de Ruth Danner (voir article sur le blog « Ruth Danner : un « Témoin » atypique »), La Dépêche du 9 mars 2012 (édition Louviers)  publie un article très respectueux évoquant l’époque où l’intolérance à l’égard des Témoins de Jéhovah avait le visage du nazisme et de la Gestapo :

Ruth est présentée : « résistante déportée, membre fondateur et présidente du Cercle européen des Témoins de Jéhovah anciens déportés »

Son histoire, sa fermeté, son courage sont relatés : « en 1942, à l’école, elle refuse le salut hitlérien (…) ses parents Témoins de Jéhovah sont l’objet de tracasseries de la Gestapo (…) le 28 janvier 1943, Ruth, sa sœur et ses parents sont arrêtés et envoyés en Pologne ».

Evoquant la vie à Auschwitz, un témoignage ancien de Ruth est rapporté : « On nous traitait comme des animaux, parqués dans le froid et la promiscuité ».

Le journal rappelle la participation active de Ruth à des conférences sur la déportation dans toute l’Europe et donne toutes les informations utiles sur la date, l’heure et le lieu des obsèques.

De tels articles étaient inimaginables il y a encore une dizaine d’années. Ils participent à la mémoire du souvenir. Il y a encore quelques temps, lors de la date anniversaire de la déportation, les Témoins de Jéhovah étaient systématiquement « oubliés » (terme emprunté à l’ouvrage « Les Bibelforsher et le nazisme 1933-1945, ces oubliés de l’Histoire » de Sylvie Graffard et Léo Tristan) des discours officiels, mêmes ceux prononcés par le Président de la République qui est pourtant sensé représenter l’ensemble du peuple français. Camus disait : « A l’obstination du crime, il faut opposer l’obstination du témoignage ».

Les Témoins de Jéhovah ont été victimes de l’Holocauste, jamais complices. Ces deux articles de presse réparent ces injustices passées qui relevaient d’une forme pernicieuse de « révisionnisme ».

L’Europe et la France : un profond désaccord

Sur les notions de Liberté et de démocratie

La France est membre du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne. A ce titre, elle a signé et pris l’engagement de respecter de nombreux traités internationaux, notamment :

La Convention des droits de l’Homme et des Libertés fondamentales

La Charte des droits fondamentaux de l’Union

L’objectif de ces traités est de créer en Europe « un espace de liberté, de sécurité et de justice » fondé sur la démocratie, le respect des valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, d’égalité, de solidarité.

Il s’agit d’obligations qui s’imposent à chaque Etat, ces derniers ont accepté d’être contrôlés et censurés par une juridiction : la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH).

Sur ces bases, malheureusement, tous les européens font le triste constat suivant : la France, Pays historique des droits de l’Homme est un très mauvais élève qui doit être continuellement repris pour son irrespect des libertés, sa politique discriminatoire à l’encontre des minorités et d’autres atteintes aussi honteuses.

La dernière brochure éditée par l’association CAP-LC, relève que de 1959 à 2011, la France a été condamnée 848 fois par la CEDH, ce qui « la positionne à l’avant-dernière place, parmi les 20 pays de l’Europe de l’Ouest, en ce qui concerne le nombre total des violations de l’ensemble des articles de la convention européenne ». Le non respect de l’article 6 sur le droit à un procès équitable lui a valu le maillot jaune avec… 251 condamnations ! Un record ! Condamnations essentiellement du aux « disfonctionnements » de la juridiction judiciaire. Cette dernière ne sort pas grandie de certaines affaires :

Le lamentable procès de l’Eglise de Scientologie où le droit a été piétiné (voir article sur le blog « A propos de la présidence normale »).

D’une façon générale, la jurisprudence de la CEDH s’imposant à tous les Etats membres du Conseil de l’Europe, la France devrait examiner et surtout tirer les conclusions de l’arrêt du 5 avril 2007, rendu à l’unanimité des sept juges,  reconnaissant la liberté de conscience et la liberté religieuse à l’Eglise de Scientologie de  Moscou.

Plus ancien, l’arrêt Palau-Martinez du 16 décembre 2003 pourrait être évoqué. Dans ce dossier le juge civil français a été censuré pour avoir  fait preuve de discrimination à l’égard d’une mère Témoin de Jéhovah dans l’attribution du droit de garde. Relevons que dans les contentieux familiaux la jurisprudence des cours d’appel est beaucoup plus équilibrée et respectueuse des droits des minorités que celle de la Cour de cassation.

Et pour mémoire, l’arrêt que j’ai obtenu le 22 décembre 2005, pour atteinte à la liberté d’expression. Entre 1959 et 2011, la France a été condamnée 25 fois pour la violation de l’article 10 de la convention sur la liberté d’expression (chiffres figurant dans la brochure précitée de CAP-LC)

Ces condamnations constantes et très nombreuses de la France confirment que les violations de la Convention européenne procèdent d’une politique délibérée des différents gouvernements successifs. Mais me direz-vous, il appartient aux juges judiciaires de sanctionner ces illégalités et violations des libertés. Ne doivent-ils pas faire application des dispositions de ce traité qui fait partie du droit français (article 55 de la Constitution) ? Absolument. Ce qui pose de nouveau la question à trois volets de 1 la séparation des pouvoirs, 2 de l’immixtion du politique dans le fonctionnement judiciaire 3 de l’indépendance des juges…

Indépendamment de ces condamnations par la juridiction de Strasbourg, toutes les instances européennes s’insurgent contre la situation des minorités en France.

La Commission européenne, le Parlement européen, l’OCDE… condamnent unanimement cette discrimination « made in France » à travers de très nombreux avis, rapports, résolutions… En faire mention exigerait un travail colossal et des tonnes de documents.

La brochure CAP-LC  donne des précisions sur le rapport de la Commission européenne de 2012 selon lequel : La discrimination fondée sur la religion ou les convictions est considérée comme la plus répandue en France (66%), suivie par la Belgique (60%°) ». Belgique qui a suivi la France en adoptant une loi About-Picard bis, ceci explique cela… « L’enquête montre que l’appartenance à une minorité religieuse est un facteur important ». Entre 2009 et 2012, « l’évolution la plus négative a été enregistrée en France. 28% des personnes interrogées seulement disent aujourd’hui que la discrimination fondée sur la religion ou les convictions est inexistante ou rare (-9%) ».

Le congrès américain

Ce dernier manifeste régulièrement sa désapprobation profonde de la politique de l’Etat français. En 2011, le Congrès américain a demandé d’une part la dissolution de la Miviludes, d’autre part  « de cesser d’alimenter en fonds publics les associations antisectes dont les actions s’avéreraient contraires aux principes de la France, à la constitution française et aux obligations internationales de la France » (voir sur le blog l’article Lafayette nous voilà »).

L’Onu

D’année en année, les rapports de la Commission des droits de l’Homme s’inquiètent de la situation et du traitement des minorités religieuses ou de conviction en France. Voici les extraits d’un rapport récent qui sont d’ailleurs reproduits dans la brochure de CAP-LC :

« 82 (En France) des cas de discriminations illégales ont continué d’être soulevés (…) du fait d’une campagne antisectes qui est souvent menée sans encadrement approprié, d’où la stigmatisation d’un certain nombre d’enfants qui seraient membres de ces groupes (…) ».

Il est évident que les enfants sont les premières victimes de la marginalisation et de la discrimination menée sous l’autorité directe (Miviludes et commissions parlementaires) et indirecte (subventions à l’Unadfi, et au CCMM…) de l’Etat. Ce dernier, par l’intermédiaire d’une enquête parlementaire portant sur « Les enfants dans les sectes », a essayé, aux prix d’une désinformation aussi massive qu’honteuse, de faire assumer cette responsabilité aux mouvements incriminés. En un mot, l’Etat tente d’inverser les rôles, les victimes deviennent fautives ! Si les enfants sont marginalisés, ce serait  uniquement en raison du comportement des parents qui appartiennent à des groupes troublant l’ordre public. « L’Etat Providence »n’intervient que pour protéger ces enfants.

C’est ce qui s’appelle atteindre un point de non retour dans l’hypocrisie.

Georges Fenech et consorts ont lancé des chiffres fantaisistes selon lesquels il y aurait 80.000 enfants en danger dans les sectes. Auditionnés devant une commission parlementaire où le serment est obligatoire et le mensonge sanctionné pénalement, les intéressés ont fait une magnifique marche arrière, aux allures de retraite précipitée, en indiquant qu’il était impossible de donner un chiffre. Sans commentaire.

Poursuivons :

« 108. (La Rapporteuse) est d’avis que la politique suivie et les mesures adoptées par les autorités françaises ont provoqué des situations où le droit à la liberté de religion ou de conviction de membres de ces groupes a été indument restreint. En outre, la condamnation publique de certains de ces groupes ainsi que la stigmatisation de leurs membres se sont soldées par certaines formes de discrimination, notamment à l’égard de leurs enfants » 

« 113. En outre, elle recommande au Gouvernement de suivre de plus près les actions et campagnes de prévention qui sont menées dans tout le pays par des entités privées ou des organisations patronnées par l’Etat, notamment dans le système scolaire, afin d’éviter que les enfants des membres de ces groupes n’en pâtissent »

Excellente analyse qui rétablit une triste réalité.

Ma petite dernière, a été confrontée en terminale d’un Lycée laïque, à ce que l’Etat appelle pudiquement « actions et campagnes de prévention ». Littéralement agressée, en pleine classe, pour sa religion que l’enseignant qualifiait de secte, au sens péjoratif du terme (étant en terminale littéraire, Julie sait distinguer les sens étymologique et péjoratif au vu des discours qui lui sont tenus). Manque de chance pour l’intéressé, d’une part l’incident se passe en Ardèche où règne un grand pluralisme religieux, d’autre part Julie a reçu une excellente formation historique, juridique et sociologique sur le thème. N’ayant pas la langue dans sa poche, le dialogue a été  vivant. « L’enseignant », a la demande générale des lycéens, a du arrêter son « cours » jugé : « gonflant », « sans intérêt »… d’autres termes plus crus ont été prononcés.

Pour information, des associations françaises (CAP-LC et CICNS notamment) ont fait remonter vers les instances européennes, le Congrès américain et l’ONU tous les cas concrets de violation des libertés dont ils avaient connaissance. Les époux Paturel ont apporté leur témoignage et contribué à cette saine information.

Témoignage à décharge

L’Etat et les gouvernements Français ne font tout de même pas l’unanimité contre eux, me direz-vous ? Non, certains Pays encensent la France. Voulez-vous connaître ces admirateurs ? Les voici :

– La Chine, qui comme chacun le sait est au firmament de la démocratie

– L’Iran, au zénith des droits de l’Homme

– Le Kazakhstan qui a été condamné par l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la Coopération en Europe) en raison des atteintes à la liberté de religion et de conviction

On pourrait ajouter à ce tiercé gagnant, et de façon posthume, les personnages qui, dans le passé, ont imaginé :

en Italie la loi  « Plagio » (le délit de sujétion psychologique),

Outre-Rhin, l’idée d’une « liste noire » qui a fait « fureur »,

Et sous Vichy, le premier service étatique spécialisé dans la chasse d’une minorité (le Bureau des affaires juives).

Ces tristes précurseurs seraient satisfaits de voir que leurs initiatives liberticides ont été, même à 1% seulement,  une source d’inspiration pour  le… Pays des droits de l’Homme qui a mis en place : la loi About-Picard, une liste des mouvements frappés d’anathème et la Miviludes qui a été créée par décret du gouvernement.

Certes, et fort heureusement, la France n’est ni un Etat fasciste, ni un Etat nazi, ni le régime de Vichy, autrement le présent article n’aurait pu être écrit qu’à Londres ou dans la clandestinité. La France reste un pays de liberté même si les membres de certaines minorités ne bénéficient pas du statut complet de citoyen français.

Néanmoins, compte tenu des précédents historiques à l’origine de la loi (About-Picard), du décret (Miviludes) et des pratiques (liste) dénoncés dans cet article, il y a lieu d’être inquiet. De sérieuses lézardes ont été apportées au bloc des libertés ces dernières décennies. La liberté est indivisible, elle ne peut être à plusieurs vitesses selon les croyances, les ethnies et les communautés. Mais, surtout, la liberté est fragile. L’Histoire démontre que tous les acquis obtenus peuvent être remis en cause du jour au lendemain. Ils peuvent aussi être laminés, lentement, au fil des années.

Conclusion

Les minorités religieuses et de convictions ont été pendant très longtemps isolées. Le droit et le bon sens finissant toujours par triompher, un revirement très net est apparu depuis quelques années :

dans l’opinion publique,

dans la justice : juridiction administrative française et Cour européenne  de Strasbourg

Seule la juridiction judiciaire française tarde, avec globalement une jurisprudence mitigée selon les domaines (affaires familiales, pénal, fiscal…). Mais, bon gré mal gré, elle finira par se soumettre. Les historiens rapportent que sous Vichy les magistrats judiciaires ont participé aux juridictions spéciales qui ont condamné à mort des résistants. Après le rétablissement de la légalité républicaine, ces mêmes magistr  ats ont jugé les collaborateurs. On pourrait, un jour, voir les antisectes passer en jugement. Si tel n’est pas le cas, en tout état de cause, l’Histoire les a déjà jugés.

dans les medias et au sein de la communauté internationale : Conseil de l’Europe, OCDE, Union européenne, Congrès américain, ONU…

Tous les espoirs sont permis.

Sur ce,  personnellement, j’attends surtout le «  jour J » annoncé dans la Bible…

Bibliographie

Témoins de Jéhovah en France entre reconnaissance et discrimination
Davy Forget aux Editions ILV

Réveil du religieux et Eveil de la société
Ecrit par 18 co-auteurs sous la direction de Dominique Kounkou aux Editions L’harmattan


Inquisition en bande organisée
Eric Roux aux Editions Les 3 génies


Les Bibelforscher et le nazisme 1933-1945 : Ces oubliés de l’Histoire
Sylvie Graffard et Léo Tristan aux Editions Firesias-Michel Reynaud

Les Témoins de Jéhovah face à Hitler
Guy Canonici aux Editions Albin Michel

La liberté de conscience en France : un état des lieux troublants
Brochure éditée par CAP-LC (Coordination des Associations et Particuliers pour la Liberté de Conscience)
A ce jour plus de 4000 exemplaires ont été distribués

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