ANTISEMITISME ET ANTISECTARISME : LA PROTECTION DE L’ETAT EST-ELLE IDENTIQUE ?

Jan 11, 2014 by

« La France est une République…laïque…

Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances »

Article 1 de la Constitution

 

downloadLe présent texte complète celui sur le racisme dont le titre reprenait une citation d’André Gide: « Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui paraît bête »

Antisémitisme et antisectarisme : la protection de l’Etat est-elle identique ? La question mérite d’être posée compte tenu de l’actualité brûlante et de l’histoire de France récente. Au-delà de « l’Affaire » qui, depuis quinze jours, mobilise les médias, accaparent les politiques et divise l’opinion publique, il serait peut être judicieux de faire le point sur l’état de notre société française et, tout comme un bon marin, d’utiliser notre sextant, notre boussole, notre carte et notre compas.

En effet, des questions fondamentales sont posées. Elles portent sur la vie en société, sur le « contrat social » qu’évoquait Jean-Jacques Rousseau, sur la tolérance que défendait Voltaire :

  • Comment en sommes-nous arrivés à cette situation ?

  • La France n’est-elle pas devenue « l’arroseur arrosé » ?

  • La politique de protection des minorités n’est-elle pas à plusieurs vitesses ?

  • Quelle image donnons-nous à nos amis de l’étranger ?

  • Où cela nous mène-t-il ?

Un message de l’histoire incompris

L’antisémitisme ne date malheureusement pas d’aujourd’hui. Il résulte de réactions diverses suscitées par le mode de vie et les croyances du peuple juif. Les racines de ce fléau sont apparues de façon sédimentaire dans le temps et dans l’espace :

  • dans l’antiquité, tous les peuples qui entourent les Juifs sont polythéistes. Or, la religion juive est monothéiste et affirme qu’il n’existe qu’un seul Dieu : Jéhovah. Par la suite, ce nom ne sera plus prononcé.

  • l’affirmation d’être le peuple élu de Dieu ne facilite guère les rapports avec l’extérieur

  • Lors de l’occupation de la Palestine par la Grèce (4è siècle avant J.C.), la concurrence commerciale avec les grecs provoque, dès cette époque, une concurrence déloyale qui consistera à dénigrer les commerçants juifs en raison de leurs croyances et pratiques religieuses

  • Puis, avec la naissance de ce que sera l’Eglise Catholique après l’avènement de l’empereur Constantin (4è siècle de notre ère), les Juifs seront accusés d’avoir tué le Christ. Reproche qui occulte le fait que le christianisme est l’œuvre du Christ et des apôtres qui, à ma connaissance, étaient Juifs

  • Le préjugé religieux n’est pas la seule cause à l’origine de l’antisémitisme. Des prétextes économiques et financiers vont le renforcer. Les Juifs étant exclus de certaines professions se sont tournés vers la finance et l’industrie, deux secteurs très sensibles en cas de… crise économique, et ces dernières n’ont pas manqué de jalonner l’histoire de l’humanité.

  • Lors des crashs économiques ou des défaites militaires (la France en 1940), les peuples et les Etats vont trouver le bouc émissaire idéal qui serait responsable de tous leurs malheurs et infortunes : le Juif. Le fait que ce dernier appartienne à une minorité ne rend que plus facile l’accusation et la diffusion de calomnies

L’antisémitisme est une gangrène qui mine les fondements de la société et qui s’inscrit, dans tous les cas, en contradiction complète avec les textes sur les libertés fondamentales acceptés par les Etats. Quelles que soient ses raisons : religieuses, raciales, économiques voire… congénitales, l’antisémitisme a un commun dénominateur : la haine injustifiée de l’autre, de celui qui vous est différent.

Cette haine du Juif a atteint son apogée dans l’horreur avec la Shoa et le nazisme. Ce dernier d’ailleurs dans son obsession criminelle de la « race pure » n’a pas limité sa barbarie aux seuls Juifs. De nombreuses minorités ont été persécutées : Tziganes, Témoins de Jéhovah, Francs-Maçons (que ces derniers ne l’oublient pas…), homosexuels, Slaves, personnes présentant des malformations…

Les leçons de cette monstrueuse période ne semblent pas avoir été retenues en France. Je ne vais pas revenir sur tous les rappels, explications, constats qui ont été évoqués dans ce blog mais, dans la mesure où la France, depuis plusieurs décennies, mène une politique de l’exclusion à l’égard de certaines minorités, un parallèle s’impose avec la période 1940-1944.

Depuis 1974 (date du premier choc pétrolier qui a marqué le début de la crise économique), l’opinion publique française a subi un véritable matraquage médiatique et gouvernemental. Le peuple juif ayant largement payé un tribut au cours du deuxième conflit mondial, il fallait trouver de nouvelles cibles. Ce seront les minorités religieuses et philosophiques qui serviront d’exutoire avec deux gibiers de choix : l’Eglise chrétienne des Témoins de Jéhovah et l’Eglise de Scientologie. Par la suite, le champ de tir va s’élargir vers, d’une façon générale, tout ce qui est différent voire même simplement naturel (« Tout ce qui est naturel peut cacher des dérives sectaires » dixit Georges Fenech).

Des campagnes virulentes destinées à conditionner les esprits, à modeler l’opinion seront menées par :

  • des personnes morales de droit privé (UNADFI, CCMM…)

  • des personnes morales de droit public : l’Etat et ses organismes (Miviludes, commissions parlementaires…), des collectivités locales sous forme de subventions voire de politiques d’exclusion de la fonction publique des personnes appartenant à une « secte » (un terme dont on attend toujours la définition juridique !)

  • des médias

  • des personnes physiques, notamment des journalistes (Christophe de Chabanne, Julien Courbet…), des avocats (dont certains se sont proclamés « spécialistes des sectes »)

  • des groupements dits « philosophiques » (Grand Orient de France)

Les techniques utilisées dans ce matraquage ne sont pas sans rappeler celles qui avaient cours sous l’Occupation, sombre période durant laquelle l’Etat français non seulement n’a pas protégé certaines catégories de citoyens comme il en avait l’obligation, mais qui plus est a participé à leur déportation et à leur assassinat dans les camps de concentration nazis.

Evoquons cette triste filiation

  • 1944 « Le Juif contre notre jeunesse » (Comité d’Action et de Documentation du Comité National Anti-Juif par Henry Coston)

  • 1990 « Secte : Une menace pour notre jeunesse » (Le Meilleur 14 juillet 1990)

  • 1944 « C’est la carte d’implantation des Juifs » (« Je Vous Hais, 500 documents sensationnels, journal illustré 1944, les Juifs sont responsables de tous les malheurs »)

  • 1985 « C’est la carte de France d’implantation des sectes » (extrait du rapport Vivien fourni par le Provençal du 9 avril 1985)

  • 1937-1944 « Les Juifs sont partout en France en 1938 » (L’Action Française 3 avril 1937) » la secte qui prétend gouverner le monde »  (« Je Vous Hais, journal illustré 1944 »)

  • 1990 « Ils sont partout  (…) la secte qui veut conquérir le monde » (VSD N° 673 du 26 juillet au 1er août 1990)

  • 1935-1944 les Juifs sont comparés à « une pieuvre » (Union Française pour la Défense de la Race 1943, affiche de E. Glintzer 1935, Je Vous Hais journal illustré 1944)

  • 1990 « La secte…une espèce de pieuvre tentaculaire » (VSD N° 673 du 26 juillet au 1er août 1990. Voir aussi Entreprise et Carrières &’-20 mars 1992, Famille Magazine N° 12 de novembre 1988…)

  • 1937-1943 « Le Juif démasqué » (La lutte Nationaliste 3 novembre 1937, « Comment ils se camouflent…et derrière : le Juif » (affiche diffusée en 1943), « Sus aux Juifs camoufleurs » (Au Pilori N° 40 10 avril 1941)

  • 1978-1988 « Derrière le masque des sectes » (Rouge N° 806 25 novembre 1978), « Nouvelles sectes, sachez les démasquer » (Famille Magazine précité), « Les sectes avancent masquées » (La Vie 9 août 1979), « Les sectes se masquent » (L’Enfer des Sectes, Gibert Picard 1984. Le Carroussel FN)

  • 1942 « L’emprise juive sur l’économie française » (Texte antisémite années 30), «emprise du judaïsme » (Le Cahier Jaune N° 3 février 1942)

  • 1984-1987 « L’emprise des sectes » (Notre Temps mars 1984, Témoignage Chrétien 4-10 juillet 1988, Elite Magazine N° 31 octobre 1987)

  • 1943 « Le Juif Schizoïde » (L’Ethnie Française N° 17 1943)

  • 1988 « L’adepte Schizoïde » (Famille Magazine N° 12 novembre 1988)

Ce parallèle dans les slogans, calomnies et apologie de la haine a été mené par le C.F.S.D. de Paris (étude intitulée « Certains ont la mémoire courte »)

L’épouvantail « Juif » est agité avec frénésie, fanatisme et haine : menace, danger, totalitarisme, puissance financière, escroquerie… Ce peuple, qui transcenderait les nationalités, serait responsable de la crise et de la défaite française en 1940.

Depuis 1974, la vindicte s’exerce contre les sectes dont quelques-unes, n’en déplaisent à certains, sont d’authentiques religions reconnues par les plus hautes juridictions tant nationales (Conseil d’Etat) qu’internationales (Cour européenne des droits de l’homme). Voir sur ce point les précédents articles

Mais, et c’est le drame, les responsables et animateurs de ces campagnes antisectes aveugles et irrationnelles n’ont à aucun moment perçu le danger qui, à court terme, allait leur éclater à la face : le résurgence de l’antisémitisme. Inévitablement, les vieux démons ont été réveillés.

Pourquoi s’étonner ? A partir du moment où l’on fustige, calomnie, accuse une minorité quelconque en utilisant des procédés indignes d’une démocratie libérale, on façonne inévitablement les esprits faibles ou présentant un terreau favorable à l’acceptation d’idéologies et de thèses monstrueuses fondées sur la discrimination, la haine et la violence. L’Etat et les plus hautes instances représentatives (commissions parlementaires) n’ont-ils pas ouvert la voie et donné le mauvais exemple.

« Qui sème le vent récolte la tempête » dit un vieux proverbe populaire. Ce dernier est certainement inspiré du conseil biblique suivant « Quoi que l’homme sème c’est aussi ce qu’il moissonnera ». Aujourd’hui, la récolte est à la mesure des graines qui ont été semées depuis quarante ans et qui s’appellent racisme, injustice, marginalisation voire exclusion

Et l’image de la France…

La France est devenue un sujet d’étonnement, d’incompréhension et aujourd’hui… d’inquiétude de la part de l’étranger.

Sans parler de situations uniques, voire ubuesques, sur le plan international (la grève des footballeurs de notre équipe nationale lors de la dernière coupe du monde, un directeur du FMI disons… atypique, un sens des priorités curieux dans le traitement des dossiers et problèmes alors que sévit une très grave crise…), les démocraties occidentales s’interrogent depuis de longues années sur la politique qui est menée à l’égard des minorités religieuses, philosophiques et des pratiques médicales et alimentaires.

La mobilisation générale décrétée sur « l’Affaire des quenelles » confirme une nouvelle fois l’exception française. Nos voisins ne manqueront pas de nous faire remarquer que dans le naufrage actuel de l’économie, du social, du politique… bref de la société dans son ensemble, il y aurait « peut-être » quelques sujets plus importants et urgents. « L’Affaire » ne relève, ni plus ni moins, que de l’application des textes pénaux prévus pour lutter contre l’antisémitisme et pour assurer le recouvrement des amendes ordonnées par le juge pénal.

L’automobiliste verbalisé confirmera que, en ce qui le concerne, le système de recouvrement des amendes fonctionne très bien et que 45 euros, pour l’Etat français, c’est 45 euros ! L’Etat ne fait pas de cadeau. Et pour 65000 euros ? Là, c’est autre chose. Toujours ce bon sens français des priorités qui fait l’admiration des peuples du monde.

Une dernière remarque. Il est regrettable qu’il n’y ait pas une telle mobilisation générale lorsque les autres minorités religieuses sont agressées, méprisées, insultées, calomniées, discriminées. Pourtant, s’agissant des seuls Témoins de Jéhovah, ces derniers ont connu la déportation dans les camps de concentration nazis, puis, après la guerre, les douceurs des rapports parlementaires et de la Miviludes et consoeurs, des refus de location de salle et de permis de construire par les mairies, des discriminations doublées de harcèlement moral et de licenciements abusifs provenant surtout d’administrations publiques, d’un redressement fiscal totalement illégal au niveau national… Arrêtons là cet inventaire aux allures d’ « Histoire sans fin »

Pas à dire, s’agissant de la protection des minorités, l’Etat français est à deux vitesses : une marche avant et une marche arrière

Où tout cela finira-t-il ?

Que vont devenir :

  • Les libertés publiques et les droits fondamentaux ?
  • L’héritage de Rousseau, de Voltaire, de Diderot ?
  • La solidarité, le respect de la dignité humaine et le partage de valeurs communes, ciments indispensables à la paix et à l’unité sociales ?

Christian Paturel

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