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« CHARLOT » COMBATTANT DE LA LIBERTE

tribune de Christian Paturel - portrait« Charlot » ! Il y a une cinquantaine d’années ce nom évoquait une célébrité et de nombreux chefs-d’œuvre cinématographiques. Aujourd’hui, si pour les enfants le nom reste associé au rire, il a pris une connotation méprisante et signifie, selon la définition du dictionnaire : « Homme qui manque de sérieux ou de compétence, sur qui on ne peut compter ». C’est dommage et injuste pour le personnage. Surtout, c’est totalement erroné.

Revisitons l’Histoire avec Charlot et son génial créateur Charlie Chaplin. Ce petit personnage cinématographique était un curieux mélange de vagabond et de gentleman. Il était inadapté à son époque et révolté contre une société déshumanisée où règne l’injustice et parfois la méchanceté et la bêtise. Dans les combats menés contre les totalitarismes de tout genre (nazisme, fascisme, maccarthisme), Charlie Chaplin et Charlot ont fini par se confondre, l’auteur et le personnage n’ont fait qu’un, la fiction a rejoint la réalité.

Si Charlie Chaplin revenait à notre époque, les sujets d’inspiration ne lui manqueraient pas. Les « remake » des films suivants seraient couronnés de succès :

lekid2.jpg- LE KID (1919)

La pauvreté et la misère s’étalent désormais au grand jour et n’épargnent personne. Seuls quelques privilégiés, dont le nombre a plutôt tendance à se réduire, échappent à cette paupérisation. Même nos sociétés occidentales qualifiées il n’y a pas encore si longtemps de « riches » sont ébranlées par ce fléau.

 Compte tenu de la crise actuelle, tout le monde peut être frappé et perdre des années, des décennies, voire toute une vie de travail. En 2010, un million de chômeurs français seront en fin de droit. Que deviendront-ils ? Les usines ferment et/ou se délocalisent. Des sociétés qui affichent pourtant des bénéfices vertigineux jettent sur le pavé toute une armée de salariés au nom du sacrosaint principe de rentabilité et du dieu argent. Toutes ces sociétés procèdent sans état d’âme, sans se soucier des drames humains et familiaux engendrés par leurs décisions. Nos sociétés dites « humanistes » (doux euphémisme), sont dominées par l’exploitation sauvage des hommes, le pillage et le gaspillage des richesses naturelles, la destruction de l’environnement. Les mots et expressions « épanouissement personnel », « solidarité », « bonheur »  ont été remplacés par ceux de « ratios », « plus-values », « profits », « économies d’échelle », « bonus »…

Le dernier rapport de Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République, rendu public le 23 février 2010, déplore une situation française pour le moins affligeante et inquiétante :
« Notre société est fracturée mais jamais cette réalité n’a été aussi aiguë (…) ». Le Médiateur perçoit un sentiment d’injustice « mêlant angoisse et rancoeur, prêt à se déverser dans les pires exutoires (…) L’impact de la crise est venu aggraver la situation, accroissant le contraste entre la richesse collective de la France et la situation des moins favorisés (…) Jamais le risque de basculer dans la précarité n’a semblé si grand à autant de concitoyens (…) Face à cette détresse, l’efficacité des politiques de solidarité décline, au point même d’infliger des blessures supplémentaires (…) »

Les cités des grandes villes et de leurs banlieues, qui n’ont jamais été des « cités de la joie », sont devenues des mouroirs au sein desquels la nouvelle génération a perdu toute illusion, tout espoir, tout idéal. L’environnement urbain, le cadre de vie sont devenus intenables pour les enfants, les ados et les jeunes. L’écart entre riches et pauvres a depuis longtemps dépassé le seuil de l’indécence.

Oui vraiment, le génie de Charlie Chaplin, pourrait sans difficulté produire une nouvelle version du Kid. La matière première ne manquerait pas.

tempsmoderne.jpg- LES TEMPS MODERNES  (1936)

Sans évoquer la situation scandaleuse qui prévaut dans certains États où les enfants travaillent et effectuent des tâches harassantes inadaptées à leur constitution physique et à leur âge et où le travail s’apparente, d’une façon générale, à de l’esclavage pur et simple, partout les conditions de travail se sont dégradées et engendrent fatigue, stress, dépression nerveuse, mort prématurée, voire…suicide. La menace du chômage est devenue une arme efficace de chantage pour obtenir des salariés l’acceptation de cadences inhumaines, la soumission aux obligations et ordres les plus insolites, la capitulation devant des exigences qui, quelques années auparavant, n’auraient pas osées être simplement évoquées et qui portent atteinte à la dignité humaine.

 Comparativement, la difficulté du travail à la chaîne décrite dans « Les Temps modernes », si elle était prémonitoire, est aujourd’hui largement dépassée, voire désuète.

le-dictateur.jpg - LE DICTATEUR  (1940)

« Hynkel » (Hitler) et « Napoleoni » (Mussolini) ont fait de nombreux émules si l’on décompte le nombre d’Etats totalitaires dans le monde. Ces derniers sont largement majoritaires au sein de l’ONU où siègent d’ailleurs des monarchies absolues (le Vatican).

A propos de l’œuvre de Chaplin, certains observateurs considèrent que ce film est d’une telle « clairvoyance que l’on pourrait penser qu’il a été réalisé après la Shoah ».

Je me suis abandonné au rêve et j’ai tenté (je n’ai pas son génie) d’imaginer ce qu’aujourd’hui Charlie Chaplin pourrait faire ainsi que les difficultés auxquelles il se heurterait pour réaliser et assurer la diffusion de ses créations.

 - Une nouvelle version du Kid décrivant l’injustice sociale et la misère obtiendrait difficilement les financements nécessaires. Il est de notoriété que le monde est dominé par quelques grands groupes industriels et financiers dont la puissance porte ombrage aux États. On conçoit difficilement que ces colosses économiques puissent apporter leur appui à un film qui dénoncerait les dégâts et nuisances (sociaux, écologiques, humains…) provoqués par des politiques animées par le profit et la cupidité.

- Le remake Les Temps modernes rencontrerait les mêmes obstacles dressés par les mêmes puissances.

Charlie Chaplin serait, de toute évidence, amené à évoquer le dilemme suivant :

- La société actuelle, tous régimes politiques confondus (Etats-Unis, Chine, Russie, Union européenne…), est basée sur le cycle : exploitation des richesses de la terre/production de biens et services/ consommation. La poursuite de ce cycle va conduire à un drame écologique qui pose, à très court terme, la question de la survie de l’humanité. Pardonnez du peu…

- Que faire ? Privilégier l’écologique sur l’économique ? Ce serait déclencher une crise sans pareille  engendrant un chômage mondial massif, des émeutes, des guerres civiles, des conflits internationaux.

- Bref, « entre la peste et le choléra », le choix est difficile. Il explique la navigation à « la corne de brume » des gouvernements qui gèrent au jour le jour en évitant d’évoquer ce que sera demain. On ne sait plus où l’on est et on ne sait pas où l’on va. Partant de cette constatation, le « plan de route » risque d’être chaotique…

charlot1.jpgL’évocation de ce qui est à proprement parler une véritable impasse conduit inévitablement à remettre en cause l’ensemble des fondements de la société : mode de vie, système économique et bancaire, but de la vie (acquérir des biens matériels ? s’enrichir ? produire ?…)… et à s’intéresser aux « autres solutions » prônées actuellement par des minorités spirituelles qui préfèrent conjuguer le verbe « être » plutôt que le verbe « avoir » (personnellement, mes motivations, mon mode de vie, mon espoir… reposent sur la Bible et une croyance fondée sur la raison).

 Ces « autres solutions » sont violemment combattues par ce qu’il convient d’appeler « la Pensée unique ». Cette dernière est une véritable nébuleuse qui rassemble des éléments hétéroclites (religieux, politiques, financiers, idéologiques…) dont le commun dénominateur est un attachement au « système de choses » actuel et le refus de tout changement (il est vrai que compte tenu de l’échec total du présent système, le « virage » (sic) risque d’être à 180°…). Cette force conservatrice possède les moyens, les armes et les alliés utiles pour combattre toute contestation qui remettrait en cause son modèle de société.

Charlie Chaplin, qui ne faisait pas les choses à moitié, se heurterait à une redoutable opposition. Il ne tarderait pas à être accusé d’appartenir à une secte honnie, ou d’être traité de « mondialiste », « d’écologiste d’extrême gauche »… Sur ce plan, de nombreux chercheurs qui ont étudié avec sérieux les NMR (Nouveaux Mouvements Religieux) peuvent évoquer leur propre expérience. Les sectophobes les ont accusés d’être sympathisants des Témoins de Jéhovah, des scientologues… Le but évident est de les discréditer auprès des autorités étatiques et de l’opinion publique.

Charlie Chaplin pourrait éventuellement créer son propre studio et produire ses films. De grands succès (« Les dieux sont tombés sur la tête ») ont été réalisés avec de micro-budgets. Mais, les circuits de distribution resteraient un obstacle insurmontable. Il est très difficile dans notre système de choses, même au sein de nos démocraties dites libérales, de produire des œuvres qui dérangent, incommodent, contrarient la pensée dominante, qu’il s’agisse de livres (j’en sais quelque chose…), d’articles, de films, d’émissions télévisées ou radiophoniques… (reste, fort heureusement, internet).

Mais me direz-vous, Charlie Chaplin, compte tenu des rudes attaques qu’il a essuyées, possède une véritable cuirasse qui lui permettra de tenir ferme. C’est exact ! Rappelons à cette occasion que ses ennemis (notamment les nazis, les maccarthistes) l’ont accusé d’être Juif (ce qui n’était pas le cas mais, l’aurait-il été, je ne vois vraiment pas où se situait le problème !). Chaplin a toujours refusé de réfuter ces affirmations et de dénier toute appartenance juive, ce serait disait-il « faire directement le jeu des antisémites » et considérer qu’il s’agissait d’une offense. La Pensée unique, nous l’avons évoqué précédemment, utilise le même procédé à l’égard de journalistes, d’historiens des religions, de sociologues, de juristes… qui n’épousent pas leurs thèses extrémistes et indéfendables. Malheureusement, le procédé fonctionne. Certains individus, voire certaines associations, par crainte, se défendent farouchement de toute adhésion ou sympathie à l’égard de telle Eglise minoritaire, de tel groupe ou de telle organisation qualifiés discrétionnairement par une poignée d’illuminés de secte ou de sectaire. Attitude regrettable « qui fait directement le jeu » des sectophobes.

- Qu’en serait-il d’une suite  Du Dictateur ?

Quand je pense que ce film, en 1940, s’est heurté à l’opposition de très nombreux politiciens des démocraties libérales ! A l’époque, il ne fallait surtout pas fâcher Hitler. Deux leçons à tirer de ce précédent.

La première : Charlot l’artiste, le clown, le vagabond a donné une leçon de courage, de sens politique aux…politiques. Ces derniers n’ont pas perçu où se trouvait leur devoir. « L’amateur » est venu défendre la liberté en raison de l’immobilisme des « professionnels » de la politique dont la seule action a consisté à multiplier les critiques et les obstructions dès le début du tournage du film. Comment ne pas penser à cette boutade : « L’Arche de Noé a été construite par un amateur et le Titanic par des professionnels ».

La seconde : l’opinion dominante n’est pas une garantie d’infaillibilité. Les minorités ont toujours contribué aux progrès de l’humanité. Il existe, par-dessus la législation des Etats, un « droit naturel » qui existe de lui-même, en dehors de toute intervention humaine et qui s’impose à tous. Ce droit naturel est le fondement du droit international et s’exprime dans la déclaration universelle des droits de l’Homme, la convention européenne des droits de l’Homme… Les apôtres, dès le 1er siècle, ont invoqué la loi de Dieu pour s’affranchir de lois humaines contraires. Le général Leclerc a considéré « qu’il ne fallait pas être prisonnier des ordres pour les grandes certitudes » à une époque (1940) où la majeure partie de l’armée française considérait que « les ordres » résultaient de l’armistice signé entre le régime nazi et le gouvernement de Vichy.

Sur ce, Charlie Chaplin, dans son « remake », pourrait « négliger » les dictatures classiques, celles qui martyrisent les peuples (arrestations arbitraires, tortures, assassinats, camps de concentration…liste non exhaustive, l’imagination humaine est très fertile en ce domaine) ; qui établissent un pouvoir absolu en s’appuyant sur l’armée, la police, la maîtrise complète des médias ; qui sont au service exclusif d’une idéologie totalitaire et qui prônent le culte du chef (Mussolini, Hitler, Staline…) et porter son attention sur certaines démocraties dites libérales. Ce faisant, il ferait d’une pierre deux coups. Il dénoncerait d’une part une forme insidieuse de dictature sur les esprits et d’autre part  l’hypocrisie de dirigeants qui se réfèrent continuellement aux droits de l’Homme et aux libertés fondamentales.

En effet, certaines démocraties occidentales, sans répondre à la description de la dictature absolue du nazisme, du fascisme, du stalinisme, du maoïsme… se livrent néanmoins à de la propagande pure qualifiée pudiquement de « communication politique » ou de « relations publiques ». Mais, si l’étiquette et le contenant semblent au premier abord satisfaisants et respectables, qu’en est-il du contenu ? En ce domaine, certaines démocraties dites libérales sont loin d’être des exemples de transparence, d’honnêteté, de loyauté.

Charlie Chaplin, avec son sens aigu de l’observation, son humour parfois décapant, sa sensibilité, son sens de la justice, pourrait fort bien appuyer là où ça fait mal. Son génie pourrait devenir très, très, très gênant. Des gouvernements, aux fins de conserver le pouvoir (ce désirable « hochet » pour beaucoup d’hommes et… de femmes), sans utiliser la force (autrement ce serait une dictature) emploient, selon un dosage variable pour rester dans des limites acceptables, les procédés de propagande utilisés par les dictateurs, à savoir :

- Manipulation de l’opinion publique (sondages et statistiques faussés)

- Falsification des images et reportages (retouches sur les photos, tronçonnage des films)

- Mainmise sur les médias et censure de l’information, émissions non respectueuses du contradictoire…

- Campagnes d’intoxication et de diabolisation (les campagnes et rapports anti-sectes)

- Informations tendancieuses, partiales, voire tronquées… (déformation, amplification des faits quand ce n’est pas un mensonge à 24 carats)

charlot2.jpgRappelons que la propagande désigne selon Wikipédia « un ensemble d’actions psychologiques effectuées par une institution ou une organisation déterminant la perception des évènements, des personnes ou des enjeux, de façon à endoctriner ou embrigader une population et la faire agir et penser d’une certaine manière ».

Dans ce cadre, Charlie Chaplin n’épargnerait certainement pas la France. Le duo Unadfi-Miviludes ne serait pas sans lui rappeler ses déboires durant la « chasse aux sorcières » qui a ravagé l’Amérique entre 1938 et 1960. Les Témoins de Jéhovah dès 1940 sont alors victimes de véritables crimes et délits, d’un « déchaînement de violence à l’échelle nationale ». Les foules dirigées par des membres des principales Eglises, des nationalistes et des délinquants de droit commun… font la loi. La Constitution américaine, les amendements, l’institution judiciaire sont allégrement violés. Eleanor Roosevelt (femme du président Franklin Roosevelt) et Francis Biddle, substitut du ministre de la Justice des Etats-Unis doivent intervenir pour calmer cette folie collective. Les persécutions et voies de fait se sont néanmoins poursuivies. Entre 1940 et 1944, les Témoins de Jéhovah sont victimes de plus de 2 500 cas d’agressions violentes.

Puis, entre 1950 et 1954, sous la direction de commissions parlementaires, d’organes étatiques comme le FBI et du sénateur Mac Carthy, un climat de paranoïa est instauré. Il s’agit à l’époque d’éliminer les communistes. La guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS avait débuté en 1947. Des milliers de fonctionnaires (simplement suspects de sympathie communiste, d’appartenance à une organisation dite « subversive » ou d’homosexualité) perdent leur emploi. On se dénonce, on se calomnie pour se protéger. La délation, le mensonge, l’illégalité (violation de la Constitution et de plusieurs amendements), l’arbitraire, la folie collective régnent en maîtres, preuve que la Liberté est une valeur fragile qu’il faut protéger. Même Shirley Temple, une enfant âgée de 8 ans, est accusée de « subversion » pour avoir signé une carte de vœux dans un quotidien communiste français. « L’Humanité » fait vraiment défaut… Une « liste noire » du cinéma est établie. Des acteurs et des cinéastes comme Walt Disney (après Blanche Neige et les 7 nains  la chasse aux sorcières ?), Elia Kaza… s’associent à cette campagne en désignant des confrères « susceptibles d’entretenir des sympathies communistes ». Une liste noire, ça ne vous rappelle rien ? En France, une liste des organisations dites sectaires a été dressée en 1995. Un « remake » de cette liste n’est-elle pas envisagée ? N’a-t-elle d’ailleurs pas été mise en place de façon discrète ? Hypocrite et illégale seraient les termes plus exacts ?

Terminons sur une note positive

L’Histoire finit toujours, même si ça prend parfois du temps, par justifier les combattants de la Liberté :

- Le sénateur Mac Carthy a, de 1950 à 1954, abusé toute la classe politique américaine. Cette dernière, tout comme en 1940 avec le film « Le Dictateur », n’a pas été à la hauteur des responsabilités et de la confiance que le peuple lui avait confiées et s’est… égarée en abandonnant la route de l’honneur, du courage, de la justice et du droit. Elle a aveuglément suivi, sans aucune réflexion, l’entreprise folle de ce sénateur. La vérité finit par éclater au grand jour et révèle la personnalité de Mac Carthy : « un politicien roublard, démagogue, prêt à tout et capable de mentir, d’affabuler pour accroître sa notoriété, arrogant, bafouant les lois et la Constitution, n’hésitant pas à corrompre les témoins, accusant sans aucune preuve ». En 1954, il sera totalement désavoué par l’opinion politique américaine et la classe politique. Il sombrera dans l’alcoolisme et mourra, en 1957, dans l’indifférence générale. Pour reprendre la formule de l’historien André Kaspi : « Oublié comme on oublie un cauchemar ».

- Dans le camp des résistants, des cinéastes vont réagir à leur façon :

gary-cooper.jpg_ Fred Zinnemann, qui a fui le nazisme, produit en 1952 High Noon  (Le Train sifflera trois fois ) pour fustiger la lâcheté de toute ville qui abandonne son représentant de la loi, seul face à quatre tueurs. De ce western est née l’expression américaine : « to be high noon » (on doit affronter seul un danger).

- Le dramaturge Arthur Miller réalise en 1953 Les Sorcières de Salem . Cette pièce de théâtre fait référence à la vague d’intolérance qui affligea, au 17è siècle, le Massachusetts. Le parallèle avec la folie collective, le délire de la période du maccarthysme était évident.

- Berthold Brecht, lors de son audition devant la commission parlementaire, réussit un admirable numéro de diversion et « d’embrouille » en contestant systématiquement la traduction qui est faite de ses déclarations.

- Quant à Charlie Chaplin, il quitte en 1952 l’Amérique en raison de prétendues opinions de gauche qu’il a toujours niées, se considérant comme  citoyen du monde .

- En 1957 il réalise le film  Un Roi à New-York  qui ridiculise la « chasse aux sorcières » américaine.

Il ne revient aux Etats-Unis qu’en 1972, sur invitation, pour se faire remettre un oscar d’Honneur de l’Académie Award. Il reçoit alors du public américain une ovation qui n’a jamais été égalée par sa durée (plus de 5 minutes !).

Il laisse l’image et le souvenir d’un homme qui savait faire des choses sérieuses sans se prendre au sérieux. Qui a su : faire rire les enfants et les grands, alerter l’opinion sur le danger de certaines idéologies criminelles, d’organisations et de mouvements totalitaires, qui a irrité les liberticides et tyrans toutes catégories confondues et… qui a su se faire aimer du public. Il est vrai que les messages (très souvent muets) de Charlot s’adressaient à tout le monde, il était compris par tous. Ce langage est universel et n’a pas besoin d’être traduit. Charlie Chaplin était citoyen du monde ….

« Compte tenu des inévitables parallèles pouvant être faits avec notre époque, toute ressemblance avec des personnages contemporains ou des situations existantes, ne serait pas forcément fortuite ni due au hasard »

Je remercie toute l’équipe de CAP-LC, notamment Maryse, Thierry et Paul pour l’aide apportée dans la rédaction de cet article.

“Qu’un ami véritable est une douce chose !
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même
(Jean de La Fontaine : “Les deux Amis”)

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A QUAND LE VACCIN… ANTI-SECTOPHOBIQUE ?

img0432.jpgLa grippe A qui avait été annoncée n’a finalement pas pris, il s’en faut, les allures d’une pandémie mondiale équivalente à la grippe espagnole de l’après première guerre mondiale. L’alerte avait été donnée par les « experts » des grands laboratoires pharmaceutiques, pardon…de l’OMS. Pardonnez-moi ce lapsus révélateur de la confusion d’intérêts qui se dégage des rapports qu’entretiennent certains scientifiques de renommée internationale qui font une mi-temps côté OMS et l’autre mi-temps dans le camp des trusts pharmaceutiques.

Mais, revenons sur l’absence du fléau sanitaire annoncé. Qui s’en plaindrait ? Personne je pense.

La France, qui avait acheté 97 millions de doses auprès des grands laboratoires pharmaceutiques, se retrouve avec un stock pléthorique de vaccins qu’elle s’efforce de résorber au moyen d’annulations de marchés publics ou de ventes à des Etats demandeurs.

Il ne s’agit nullement de fustiger nos responsables nationaux, notamment Madame le ministre de la santé Roselyne Bachelot, en les accusant de gaspillage des fonds publics. Compte tenu du niveau d’alerte donnée par l’OMS, les mesures prises par l’Etat français s’imposaient. Les données et informations disponibles, l’état de panique qui présidait dans les instances internationales à l’époque imposaient une telle prévention.

Deux enseignements peuvent être tirés de cette affaire qui a connu une dimension mondiale.

Premièrement, si le risque s’était concrétisé et si les mesures utiles n’avaient pas été prises, les « yaka » n’auraient pas manqué de fleurir.

Les « Yakas » ? Quid ? Le Yaka est un mammifère bipède dont on ignore toutefois l’origine. Il se caractérise par un petit cerveau et assez curieusement…une grande langue, disproportion anatomique qui relève des curiosités de la nature. Toujours est-il que son langage se limite à quelques mots « Y’a qu’à », expression dont le caractère répétitif explique son nom. Dernière précision, le Yaka se reproduit comme un lapin.

Le Yaka, bien abrité derrière ses certitudes et son refus de toute responsabilité, attend. Il attend le moment où le responsable commettra une erreur pour bondir et invectiver. Quelques paroles, mélange de vitriol et de venin, provoqueront chez leurs adversaires (les responsables) une maladie très grave : le découragement. Ces derniers, décimés par la lassitude risquent de disparaitre. Les Yakas se rappelleront alors avec nostalgie la « Belle époque » où ils pouvaient agacer, épuiser, traquer, maltraiter les responsables… en toute impunité.

Que les responsables se consolent, les Yakas ont toujours existé. Il faut faire avec eux. Entre le récif des exigences, les hauts-fonds de l’inertie et les brisants de la critique, les responsables se doivent de savoir naviguer. Si leur embarcation s’appelle « les copains d’abord » et œuvre dans la solidarité, la partie est gagnée.

Deuxième enseignement, la puissance extraordinaire de certains groupes. Leur pouvoir transcende les frontières et l’autorité des Etats. Une véritable campagne d’intoxication a été menée par ces trusts aux fins de créer un climat généralisé de peur. Cette campagne a été relayée à tous les niveaux : OMS, médias, Etats… Ce relais n’a pas forcément été opéré de façon complice, parfois il l’a même été en toute bonne foi.

Cette fâcheuse expérience confirme que quelques individus ont la possibilité, au sein du système mondial, d’agir sur les esprits et d’amener ainsi l’ensemble des populations à agir de façon concertée et à adopter des comportements identiques. Un tel nivellement des esprits, de la pensée et des attitudes laisserait rêveur tout dictateur.

C’est état de fait est inquiétant au niveau des libertés (conscience, pensée…), de la démocratie, de la crédibilité des informations fournies par les institutions internationales, du libre arbitre, de la dignité humaine et… de l’avenir.

Mais, les campagnes hautement médiatisées déclenchées à l’encontre de certains mouvements ou organisations religieuses, philosophiques, thérapeutiques, qualifiés de façon générique sous le terme de « secte » et dont le commun dénominateur est de déranger le système dit de la pensée unique, participent de la même dérive, des mêmes abus, de la même tromperie.

Puisse la mésaventure de la grippe A servir de leçon et amener le public et les gouvernements à remettre en cause certaines désinformations, manipulations et propagandes.

A quand le vaccin antisectophobique ?

img042.jpg

A MOI LES ENFANTS DE LA VEUVE

« A MOI LES ENFANTS DE LA VEUVE »

(Cet appel au secours, accompagné d’une position particulière des mains et des jambes, permet aux francs-maçons en danger de se faire reconnaitre de leurs « frères »).

Un tel danger existe-t-il à notre époque où l’humanité est traversée par une crise de civilisation qui se double d’une crise économique, sociale, financière, politique sans précédent ?

Au sein de cette tempête, les positions adoptées par certaines obédiences maçonniques soulèvent interrogations et inquiétudes.

Evoquons une période noire de notre histoire de France, à savoir l’Occupation de 1940 à 1944 durant laquelle sévit le régime de Vichy. Ce régime a promulgué des décrets odieux qui semblent aujourd’hui être une source d’inspiration pour certains élus, commissions parlementaires, structures étatiques (Miviludes…), obédiences maçonniques…

Visitons un peu cette triste époque durant laquelle des hommes, des femmes et des enfants ont cessé d’être des citoyens français à part entière, voir même d’être des humains et ont été mis au ban de la société :

- Le 16 juin 1940, la débâcle des armées françaises conduit à la démission du gouvernement Paul Reynaud. Ces évènements permettent au Maréchal Pétain d’accéder au pouvoir.

- Dès le 13 août 1940 une loi dissous les « sociétés secrètes ». Tout comme « les sectes » cette notion n’est pas définie, mais peu importe, la liberté d’action des ennemis de la liberté n’en sera que plus grande….

- Une précision, s’agissant des chrétiens Témoins de Jéhovah, leur dissolution en tant « qu’association étrangère » avait été prononcée dès la mi-octobre 1939 par le ministre de l’intérieur. Le Béthel est liquidé, l’activité d’évangélisation interdite. De nombreuses arrestations interviennent, principalement dans le Nord et en Alsace. Les Témoins de Jéhovah entrent dans la clandestinité.

- Le 19 août un décret déclare la nullité des organisations suivantes : le Grand Orient et la Grande Loge de France.

Les fonctionnaires doivent alors, déclarer sur l’honneur, qu’ils n’appartiennent pas (où ont cessé d’appartenir) à une « société secrète ».

- Le 3 octobre, le drame juif se met en place avec la promulgation du « statut » (sic) des Israélites qui leur interdit de nombreuses professions et tout poste de responsabilité dans la fonction publique…Cette discrimination se poursuit avec l’édiction du deuxième « statut » (sic) des Juifs, le port obligatoire de l’étoile jaune le 28 mai 1942, la rafle du Vel’d’Hiv le 16 juillet 1942, la déportation et l’assassinat dans les camps de concentration allemands.

- Le 11 août 1941 parait une seconde loi antimaçonnique qui ordonne la publication au journal officiel des noms et rangs de tous les dignitaires et hauts gradés (en réalité, la quasi totalité des francs-maçons est concernée par cette mesure puisque que la notion de « haut gradé » s’applique dès le 3è grade). Une liste de 18000 noms, établie par un « Service des sociétés secrètes » (une administration d’Etat fonctionnant avec des crédits publics ! « Toute ressemblance avec des structures existantes serait purement fortuite… »), est publiée. Elle est suivie de nombreuses autres. Ainsi, après la collaboration du gouvernement de Vichy au régime nazi, la population est incitée à se souiller dans la délation. Par ailleurs, les dignitaires et hauts gradés maçonniques se voient interdire tout mandat électif et toute fonction publique. Environ 3000 d’entre eux doivent démissionner.

- Ces listes établies, la suite était inéluctable. Plus de mille Maçons sont déportés. Plus de cinq cent sont fusillés ou meurent en déportation dans les sinistres camps de la mort aux noms tristement célèbres : Dachau, Buchenwald, Mauthausen… Leurs infortunés compagnons de misère sont les Juifs, les Témoins de Jéhovah, les Tziganes, les résistants, les homosexuels, les Slaves…

- En mars 1943 le film « Force occultes » est projeté en France. Ce film, subventionné par l’occupant allemand, tente de dresser la population contre les Maçons accusés d’avoir déclenché la guerre (le fameux « complot maçonnique »). Pour la propagande hitlérienne, tous les moyens sont bons pour discréditer cette organisation et entretenir un climat de méfiance et de haine.

Voici où conduit l’exclusion, la discrimination, l’intolérance et la bêtise criminelle de l’homme. Le « fichage » des victimes et la mise en place de structures étatiques particulièrement monstrueuses : le commissariat aux questions juives, le SSS (service des sociétés secrètes), le SAD (service des associations dissoutes), le SR (service des recherches) contribuèrent activement à ces drames.

Faut-il aujourd’hui reproduire de telles erreurs ? Faut-il être fataliste et considérer avec Montherlant que : « L’histoire, comme une idiote, mécaniquement se répète » ?

Examinons les dernières propositions de la Miviludes  appuyées par les prises de position officielles de la « maçonnerie dure » (notamment : le Grand Orient de France, la Grande Loge Féminine de France, la Grande Loge Mixte), celle qui tourne le dos aux valeurs fondamentales traditionnelles de cette organisation :

1°/ Accentuation de l’action discriminatoire (et peut-être répressive compte tenu des précédents historiques précédemment évoqués) contre les « nouvelles » minorités religieuses, philosophiques, thérapeutiques, culturelles.

Abandonnons le terme « nouvelles », car s’agissant des Témoins de Jéhovah il prête, s’il était encore possible, à sourire. Leur implantation en France est antérieure à la loi du 9 décembre 1905. Par ailleurs, la « nouveauté » n’implique nullement la dangerosité et le trouble à l’ordre public.

N’utilisons plus le terme chargé d’hypocrisie de « dérives sectaires » imaginé pour des raisons de pure opportunité afin d’arranger et d’embellir la « vitrine » de la France  vis-à-vis de l’étranger (Conseil de l’Europe, Cour européenne des droits de l’Homme, OSCE, Département d’Etat américain…).La « vitrine » ; en supposant qu’elle soit devenue présentable, ne cache nullement « l’arrière boutique » dans laquelle s’agitent quelques fossoyeurs des libertés publiques.

2°/ Mise en place d’outils au service de ce sinistre projet.

Ces outils sont variés et non exhaustifs. Les pourfendeurs de liberté sont très imaginatifs en ce domaine, dommage qu’une telle énergie créative ne soit pas mise au service de causes plus nobles et urgentes : appauvrissement, drogue, cités, chômage, crise économique et sociale, projet de société…

Selon le dernier inventaire, la « caisse à outils » de ces bricoleurs de libertés comprendrait :

L’établissement d’une liste de plus de 500 mouvements.

L’idée n’est pas nouvelle. Vivien, qui n’est pas spécialement une référence, a déposé des droits d’auteur sur cette méthode il y a plus de 20 ans. Bien avant lui le fichage (voir ci-dessus) a fait ses preuves. Il est vrai  que la franc-maçonnerie a fait œuvre de pionnier en la matière avec l’affaire des fiches en 1904 dans laquelle le Grand Orient a été impliqué. Rappelons brièvement les faits :

Le général André, ministre de la guerre, est accusé de tenir des fiches sur les « bons » (le fichier Corinthe) et les « mauvais » (le fichier Carthage) officiers français. La carrière de ces derniers était commandée par la teneur des informations glanées à leur sujet. Comment était alimenté ce fichier ? Excellente question ! Les loges maçonniques vont apporter leur concours et fournir des renseignements détaillés sur les convictions politiques et religieuses de… 27000 officiers français. Les renseignements recueillis étaient centralisés sur des fiches tenues au Grand Orient de France.

(Remarque : selon le n° 256  de juillet-août 2001 de la revue « Histoire », le général André était Franc-maçon. Mais, selon la revue « Historia » n° 93 de janvier-février 2005, il était « non maçon »).

Destinataires de cette liste.

Cette liste sera mise à la disposition des autorités publiques : ministères (justice, police, gendarmerie…), élus nationaux et locaux, collectivités locales (communes, départements…)

Finalité et utilité de cette liste.

Ne nous méprenons pas, elle permettra de prendre des « décisions » qui seront lourdes de conséquences sur la vie, les droits, la carrière… des personnes concernées.

Les maires la consulteront pour attribuer un permis de construire pour une salle de culte (les abus commis depuis de nombreuses années à l’encontre des Témoins de Jéhovah ont pourtant donné lieu à une abondante censure jurisprudentielle), pour autoriser la location d’un équipement public (le maire maçon de Lyon Gérard Collomb, a refusé à plusieurs reprises la location du stade Gerland aux Témoins de Jéhovah. Le juge administratif a condamné ces discriminations)…

Les présidents de conseils généraux s’y référeront lors de la délivrance des agréments d’assistantes maternelles et d’assistantes familiales (voir pour un exemple familial vécu l’article « un décalage d’Eure au niveau de…la liberté religieuse »).

Les magistrats n’auront plus à poser au prévenu la question : « êtes-vous Témoin de Jéhovah ? » (j’ai vécu une telle expérience devant la 17è chambre correctionnelle de Paris à propos du livre « sectes, religions et libertés publiques ». Fort heureusement, la Cour européenne des droits de l’homme, dans son arrêt du 22 décembre 2005, a censuré de telles pratiques). Il suffira désormais aux juges, s’ils le souhaitent, de consulter le « fichier ». La justice sera t’elle fonction de l’appartenance religieuse du «futur condamné » ? Pourtant, les magistrats ne –ils pas sont sensés rendre une justice laïque ?

Les policiers non respectueux de leur déontologie (ce qui n’est pas une vue de l’esprit, voir l’article « le sacre de Reims ») penseront avoir une « base légale » pour leurs dérives (admises car n’étant pas, aux yeux de certains bons penseurs, « sectaires »).

Les conséquences, nous le voyons, seront multiples et particulièrement inquiétantes.

Des catégories entières de citoyens vont se voir interdire l’exercice de certaines professions, l’entrée dans la fonction publique… La réduction, voire la suppression, de leurs droits civils et politiques les transformeront en « sous-citoyens ». Ce funeste projet ne vous rappelle-t-il pas certaines mesures édictées à l’encontre des Juifs, des Francs-maçons, des Témoins de Jéhovah (encore eux ?) durant la période noire de l’Occupation et du régime de Vichy ?

Il est particulièrement étonnant ? Regrettable ? Triste ? Honteux ? Désolant ? De constater que parmi ces victimes, l’une d’entre elles n’a rien compris. Qui plus est, elle empoigne le « relais » de la honte et participe activement à la course à la tyrannie dans laquelle sont engagés tous les ennemis de la liberté. Et quelle course ! La Révolution a connu la loi sur les suspects, l’empire napoléonien n’a guère brillé par son libéralisme, la Commune de Paris s’est achevée dans un bain de sang, l’affaire des fiches de 1904 fit tâche dans la Troisième République des « Jules », les lois de 1940-1941 ont été marquées du sceau de l’infamie, les rapports Vivien-Guyard et compagnie …n’atteindront jamais, jamais, jamais le niveau de conscience universelle des écrits qui jalonnèrent « Le Siècle des Lumières ».

Les projets qui hantent certains idéologues font plutôt entrevoir la nuit, une nuit bien sombre.

J’ai connu de nombreux Francs-maçons au cours des quarante dernières années. Lorsque j’animais des clubs de boxe française, je comptais parmi mes effectifs de très nombreux Francs-maçons attirés, voire passionnés, par l’apprentissage de la canne et surtout du…bâton, cette technique de défense qui était utilisée par les compagnons lors de leur « tour de France » (la série télévisée « Ardéchois cœur fidèle » a illustré cette époque). J’ai établi avec tous ces maçons des liens solides basés sur l’amitié, la tolérance et le respect pour les nobles idéaux défendus par cette « grande fraternité. »

Aujourd’hui, j’avoue ne pas comprendre la lutte menée par certaines obédiences à l’égard des croyances, des pratiques, du mode de vie « de l’autre ».

Francs-maçons, revisitez votre histoire et songez:

- A Francis Drake qui énonça en 1726, pour la première fois, les trois principes maçonniques : « la vérité, la bienfaisance et l’amour fraternel »

- A la Déclaration d’Indépendance américaine à laquelle participèrent une cinquantaine de maçons sur les 56 signataires : Georges Washington, Benjamin Franklin… Déclaration qui proclame : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont crées égaux, ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ». Déclaration qui fait référence au « Dieu de la nature », au « Créateur », le Dieu des philosophes, le grand ordonnateur de l’univers.

- A vos symboles. Le compas qui évoque la justice, la tempérance, la prudence. L’équerre liée à l’ordre, l’œil qui représente « Le Grand Architecte de l’Univers », le triangle qui renvoie à la trilogie républicaine : « liberté, égalité, fraternité », la truelle  qui rappelle deux vertus : la tolérance et la bienveillance, l’épée attachée à la justice et à la vérité…

- La guerre engagée contre le « droit à la différence » ne vous conduit-elle pas à tourner le dos à vos valeurs, vos grandes certitudes, vos principes ? N’avez-vous pas le sentiment de rompre « la Chaîne d’Union » qui, à travers les siècles, vous lie aux maçons du passé : La Fayette, Jean Zay, Jules Ferry, Lamartine, Arago, Bartholdi, Diderot, Jules Vallès, Jean Baptiste Clément (« Le temps des cerises »), Eugène Pottier, Louise Michel, James Anderson, Gambetta, Pierre Mendès France (bien que ce dernier, en 1945, n’ait pas rejoint sa loge)…

« Ne souhaitons pas que tout le monde pense comme nous.
L’uniformité des sentiments serait odieuse »

Anatole France

(Discours au banquet des rabelaisants)

Christian PATUREL

A lire :

Secte : La machine à remonter le temps : 1974 - 2010

 Pierre Burrucand haine d’hier et d’aujourd’hui

2010 la crise de civilisation, les boucs emissaires

page115-web1.jpg« Je me sers d’animaux pour instruire les hommes » disait Jean de La Fontaine.

Terminons par cet auteur et une fable qu’il convient de méditer : « Les animaux malades de la Peste ». Les animaux sont atteints d’une maladie qui, à l’époque, inspirait la terreur : la peste. La Fontaine raconte :

« ‘…) Le lion tint conseil, et dit : « Mes chers amis,

Je crois que le ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune

le plus coupable de nous

Se sacrifie aux traits du céleste courroux,

Peut-être il obtiendra une guérison commune »

Interviennent alors le loup, le renard, le tigre, l’ours qui

« Au dire de chacun, étaient de petits saints bien qu’ayant dévoré animaux et bergers »

« L’âne vint à son tour, et dit

J’ai souvenance qu’en un pré de moines passant (…)

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue (…)

A ces mots on cria haro sur le baudet.

Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue

Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,

Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l’herbe d’autrui ! Quel crime abominable !

Rien que la mort n’était capable

D’expier son forfait : on le lui fit bien voir

Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de la Cour vous rendront blanc ou noir ».

Cette fable semble particulièrement bien adaptée à notre époque. La crise de civilisation (peste) dévaste notre planète et il convient de trouver de nouveaux responsables (dans le passé ce furent souvent les Juifs).

Dans notre triste monde, les dirigeants et « Grands » reconnaissent bien, chemin faisant, quelques défauts. Mais, « Au dire de chacun, c’étaient des petits enfants ». Aussi, ont-ils trouvé leur « baudet » : les minorités religieuses, philosophiques, thérapeutiques, les sectes, « ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal ».

De l’UNADFI catholique à l’UNADFI franc-maçonnique, de la lutte contre les sectes à la lutte contre les « dérives sectaires », du rapport Vivien à la Miviludes…

« Il n’y a rien de neuf sous le soleil » (La Bible)

Note : S’agissant du rôle de certaines obédiences franc-maçonniques, j’invite le lecteur à consulter le site du CICNS (voir lien avec le présent blog) et de lire notamment l’excellente étude : « La franc-maçonnerie et les sectes » rédigé en septembre 2009.******

D’une façon générale, le CICNS se caractérise par son sérieux, sa compétence, sa tolérance et sa neutralité. Des qualités dont devraient s’inspirer quelques structures étatiques…

L’opa franc-maçonnique sur l’Unadfi

page37-web.jpgDeuxième partie : L’opa franc-maçonnique sur l’Unadfi

La laïcité version française

« Amen »

Ma modeste personne qui dénonçait, en 1996, la forte coloration catholique de l’Unadfi avait été qualifiée de « thèse» par certains critiques. Dix ans après, je suis pleinement justifié par Mme Jeanine Tavernier, présidente de l’Unadfi de 1993 à 2001. Dans une interview donnée -à Xavier Ternisien du journal Le Monde (16/11/2006), Mme Tavernier déclare :

«L’association a été fondée par des personnes d’origine catholique Petit à petit, beaucoup de francs-maçons sont entrés à l’Unadfi, lui donnant une coloration qu’elle n’avait pas à l’origine (..).»
Sur ce:

« Bien des catholiques, et même des prêtres ces derniers temps, sont entrés dans les loges (..). Et l’on a pu assister dans les églises à des funérailles, en grande pompe, de dignitaires maçons et laïques, connus comme tels. Les temps ont changé. En partie parce que certaines appartenances clandestines sont devenues publiques. Car il y eut toujours des catholiques maçons.»

(Historia n° 93 de janvier-février 2005 page 59)
Certes, «Dieu reconnaîtra les siens». Dans l’attente de ce jour, reconnaissons que ce salmigondis français est pour le moins indigeste. L’État et de nombreuses collectivités publiques subventionnent depuis des décennies, une association catholique (reconnue d’utilité publique) chargée de combattre toutes les autres formes de spiritualité. Le zeste ou la grosse louche, à moins que ce ne soit un raz-de-marée (?) maçonnique ne change rien au niveau du respect du principe constitutionnel de laïcité et des engagements internationaux de la France. Quant aux maçons (tous, il s’en faut, ne sont pas impliqués dans cette entreprise de destruction) qui collaborent à ce «Grand Oeuvre», félicitations pour leur attachement indéfectible aux valeurs maçonniques: liberté, fraternité, tolérance.

Pour en savoir plus :

Le Grand Orient et l’Unadfi

La Miviludes et la Franc-Maçonnerie

Le Grand Orient et les nouveaux mouvements religieux

Article du CICNS sur la Franc-Maçonnerie

Fenech et la Franc-Maçonnerie

Secte : La machine à remonter le temps : 1974 - 2010

Pierre Burrucand haine d’hier et d’aujourd’hui

Secte : La machine à remonter le temps : 1974 - 2010 (part 1)

Première partie : Extraits du livre « Et Pharaon dit : Qui est Jéhovah ? »

Remarque importante : ce livre a été écrit en 1996, à une époque où l’Unadfi avait été créée et était dirigée par la mouvance catholique. Aujourd’hui, ce « fonds » est exploité par l’aile dure de la Franc-maçonnerie.

Unadfi

SOCIOLOGIE NOTION DE SECTES
«UN PAVILLON SUSCEPTIBLE DE RECOUVRIR TOUTE SORTES DE MARCHANDISES»

 

page121.jpgDEFINITION DU TERME

Une association anti-sectes, par nature et compte tenu du principe juridique de spécialité des personnes morales, intervient à l’encontre… des «sectes». Ce constat exprimé sous forme de lapalissade soulève en réalité une question fondamentale :
Quelle définition, quels critères sont habituellement utilisés pour les différencier des religions ?******M. le Doyen Carbonnier indiquait avec sourire (il y a près de… 30 ans) : «la secte c’est la religion de l’autre».

Un juriste américain, le professeur Leo Pfeffer, avec beaucoup de réalisme et d’humour, formule la définition suivante :
«Si vous y croyez, c’est une religion, ou peut être la religion ; si elle vous est complètement indifférente, il s’agit d’un culte, mais si vous la craignez ou si vous la haïssez, alors elle devient une secte».******La signification du mot «secte» varie selon les personnes qui l’utilisent. Un magistrat adoptera cette expression indépendamment de toute connotation péjorative à l’égard d’un mouvement minoritaire. Un pratiquant zélé et inquiet d’une grande religion, teintera cet emploi d’une certaine agressivité. L’homme de la rue associera ce terme à l’idée de non conformisme ou de menace…

Il est vrai que ce mot désigne les mouvements philosophiques et religieux les plus divers. Notre langue française dont on vante la richesse manque en la circonstance d’imagination.

Nous ne pouvons que regretter cette pauvreté, cette absence de choix dans les qualificatifs disponibles pour désigner des situations caractérisées par leur extrême diversité.

Le mot «secte» est devenu «un pavillon susceptible de recouvrir toutes sortes de marchandises».

Cette réflexion animait autrefois les chercheurs qui étudiaient l’anarchisme et qui étaient déconcertés par les profondes divergences qui opposaient ses doctrinaires. Par exemple, pour Bakounine, l’instauration de la «nouvelle société» devait s’effectuer par la violence alors que Proudhon prônait son établissement sur la base de contrats librement acceptés. Bakounine voulait détruire la religion, Proudhon était sur ce point, un respectueux conservateur.

Le terme «secte» fait aujourd’hui partie de notre langage courant et est abondamment utilisé pour ne pas dire galvaudé. Les sociologues, écrivains, journalistes, politiciens à la recherche d’un «cheval de bataille» (de «race démagogique», si possible…) n’hésitent pas à l’employer à l’égard de tout groupe qui ne partage pas leur sensibilité religieuse. Ces méthodes ont largement contribué à l’avilissement du mot, à la déconsidération des mouvements minoritaires.

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Le but poursuivi est ainsi atteint. La fin justifie les moyens.
Le choix d’un critère, permettant d’identifier avec certitude la secte, est particulièrement délicat. Plusieurs solutions peuvent être retenues :

- le nombre d’adhérents ?

En se plaçant sur ce plan quantitatif, à partir de quel seuil une « grosse secte » accède-t-elle au titre honorifique de « petite religion » ?

Sur ce point, les Témoins de Jéhovah avec plus de 13.147.000 membres baptisés et sympathisants (en «âge de discernement») dans le monde peuvent difficilement être considérés comme un mouvement minoritaire, dans son acception quantitative.

Dans le cas contraire, il conviendrait de rayer de la carte politique tous les pays dont la population est inférieure à 13 millions d’habitants : Ango­la, Autriche, Belgique, Bénin, Bolivie, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Burundi, Burkina Faso, Cambodge, Centrafricaine (République), Comores, Costa Rica, Côte d’Ivoire, Croatie, Danemark, Dominicaine (République), Equateur, Estonie, Finlande, Gabon, Gambie, Grèce, Groenland, Guatemala, Guinée, Guinée-Bissao, Guinée équatoriale, Haïti, Hongrie, Irlande, Israël, Jamaïque, Lettonie, Liban, Liberia, Libye, Lituanie, Luxembourg, Madagascar, Malawi, Mali, Namibie, Niger, Norvège, Panama, Paraguay, Portugal, Rwanda, Salvador, Sénégal, Sierra Leone, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Tchad, Tchèque (République), Togo, Tunisie, Uruguay, Zambie, Zimbabwe…

Par ailleurs, à quel niveau géographique doit-on se situer pour appré­cier ce critère quantitatif ?

Au niveau de la planète, de l’Europe naissante, de l’Etat ou de Clochemerle ? La réponse à cette question est fondamentale Selon la réponse donnée, l’Eglise catholique sera tour à tour considérée comme une secte (dans les Etats islamiques) ou comme une religion (Italie).

- le critère qualitatif ?

Mais, lequel adopter ?

la «normalité», le «conformisme» ?

Tous les enseignements, préceptes feraient l’objet d’un «examen» et seraient appréciés par rapport aux normes communément admises, aux valeurs dominantes de la société.

Un inconvénient : cette dernière est juge et partie. Dangereux pour les libertés…! Avec de telles conceptions, l’Espagne serait toujours sous l’Inquisition.

Par ailleurs, quel groupe social est en droit d’imposer ses vues ? Les classes dominantes, les classes moyennes…? Les nostalgiques du temps passé ou les partisans de la «nouvelle morale» ?

Compte tenu de l’extrême mouvance de notre monde, il est diffici­le d’arrêter définitivement des valeurs dites immuables.

Le nouveau code pénal exprime de façon concrète les bouleversements intervenus depuis quelques années. Certains faits autrefois sanctionnés ne figurent plus dans ce texte répressif.
«Autres temps, autres mœurs».* la dangerosité ?

Outre son aspect subjectif (et dès lors discrétionnaire), un tel «étalon de mesure» est insatisfaisant à plus d’un titre.

 

Secte : La machine à remonter le temps : 1974 - 2010

 

Pierre Burrucand haine d’hier et d’aujourd’hui

 

 

 

Secte : La machine à remonter le temps : 1974 - 2010 (part 2)

Toute organisation qui remettrait en cause l’ordre établi (politique ? économique ? social ? familial ? religieux ?..) serait considérée comme dangereuse.

Une telle conception heurte les principes fondamentaux sur les­quels reposent nos Etats démocratiques et libéraux. Elle conduit à pré­coniser l’instauration d’un Etat autoritaire, monolithique qui évoluera rapidement vers le totalitarisme.

Sur la base de cette dangerosité (aspect qualitatif), le mouvement nazi devait être interdit et condamné en Allemagne dès les années 30.

Mais par application du critère quantitatif, il devait être accepté comme composante de notre «civilisation»(sic), dès son accession au pouvoir. L’adhésion massive du peuple allemand ne conférait-elle pas, selon cette conception quantitative, une certaine légitimité? A la même époque d’ailleurs (1933), les Témoins de Jéhovah, considérés comme appartenant à une secte dangereuse, étaient envoyés dans les camps de la mort nazis. Beaucoup de ces chrétiens furent assassinés.

Selon l’écrivain Christine King : «Un Témoin sur deux a été empri­sonné, un sur quatre a perdu la vie». Les principes chrétiens qu’ils prô­naient : neutralité, pacifisme, respect de la vie d’autrui, égalité des hommes, refus d’allégeance au dieu Hitler (le gourou de l’époque)… étaient jugés «dangereux» par le nouvel ordre.

Mais, une question !

Quel critère a prévalu à l’époque au sein des grandes religions offi­cielles pour accorder les pleins pouvoirs au chancelier Hitler (ce dernier n’a t-il pas été investi grâce au vote.. du parti catholique allemand) ? Pour signer le traité de Latran avec Mussolini ? et le Concordat avec le IIIeme Reich dès 1933 ?

Oublions ces questions embarrassantes, ces rappels pénibles et poursuivons…

En réalité, des juristes éminents considèrent que sur un plan légal on ne peut différencier la religion de la secte.

LE RAPPORT VIVIEN

Aussi, le rapport VIVIEN qui a été publié à la Documentation française en février 1983 sous le titre :

«Les sectes en France.Expression de la liberté morale ou facteurs de manipulations ?»

s’est bien gardé de donner une définition juridique de la secte.

L’Association cultuelle des Témoins de Jéhovah n’est évoquée, dans le rapport Vivien, qu’à deux reprises : le sang et le prosélytisme. Références qui démontraient au public que la théologie et les pratiques de cette Eglise avaient été étudiées.

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S’agissant du sang, en 1983, le Gouvernement de l’époque aurait été mieux avisé d’envisager ce problème sous son aspect médical. De nombreux drames humains auraient été évités… S’agissant du prosélytisme, ce dernier a deux fondements : le Christianisme (les premiers chrétiens étaient tous évangélisateurs) et l’article 11 de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (la libre communication des pensées et opinions). Les personnes contactées ont toujours la possibilité d’indiquer aux Témoins de Jéhovah qu’elles désirent, à l’avenir, être visitées sur une base : annuelle, quinquennale, décennale… voire selon le cycle de la comète de … Halley.

Ces deux caractéristiques du culte des Témoins de Jéhovah n’ont pas conduit le rapport Vivien à faire figurer l’Association cultuelle des Témoins de Jéhovah parmi les «quelques groupes sectaires révélateurs» (p. 52).

En tout état de cause, le rapport Vivien constitue une scorie au sein de nos libertés publiques :

- il rétablit, de façon pernicieuse, la distinction ancienne entre «cultes reconnus» et «cultes non reconnus».

- il présente un aspect discriminatoire inquiétant.

Malgré ces critiques, le rapport Vivien a longtemps constitué la «source spirituelle», «le Livre sacré» qui a inspiré l’ADFI dans «son com­bat», sa «guerre sainte» contre l’Association cultuelle des Témoins de Jéhovah jusqu’au… 10 janvier 1996.

Secte : La machine à remonter le temps : 1974 - 2010

Pierre Burrucand haine d’hier et d’aujourd’hui

Secte : La machine à remonter le temps : 1974 - 2010 (part 3)

LE RAPPORT GUYARD :

UNE  REGRETTABLE SCORIE

Le rapport d’enquête parlementaire sur les sectes dit rapport Guyard a été rendu public le 10 janvier 1996. Ce dernier ne fait guère progresser le dossier sur le plan juridique. On pouvait espérer plus d’audace, d’es­prit de recherche 13 ans après le rapport Vivien !

Les parlementaires nous indiquent qu’il est impossible de distin­guer une secte d’une religion. Nous les remercions pour cette précieuse découverte qui est une évidence depuis… des décennies. L’information est aussi fondamentale que celle fournie par certains savants qui font fumer de malheureux lapins pour en déduire, au terme d’une brillante analyse, que le tabac est nocif. «La thèse est osée, mais comme toute thèse, parfaitement défendable» (extrait du film «Les tontons flingueurs»).

De façon assez paradoxale, après avoir affirmé (à juste raison) qu’une loi sur les sectes ne pouvait être édictée «faute de pouvoir déterminer l’objet de l’intervention de cette loi», le rapport propose des actions administratives, judiciaires (et de ce fait policières) contre…les sectes, une notion par nature indéfinissable !!! Comprenne qui pourra !

Puis, certainement pour couvrir ces incohérences, la Commission avoue, avec beaucoup d’humilité, qu’elle appréhende faiblement le phénomène sectaire. Ah bon !

Curieux «rapport» tout de même. Un tel document, s’il avait été exhumé dans le cadre de recherches historiques ou archéologiques, aurait fait l’objet de vives critiques de la part de l’ensemble de la communauté : politiciens, historiens, juristes, religieux, laïcs, sociologues, psychiatres… Tous auraient dénoncé les risques pour les libertés, la démo­cratie, la paix sociale.

Ce rapport, il convient de le rappeler, a été rédigé après seulement… 21 heures d’auditions. Qui a été entendu ? Nous l’ignorons ! La commission, certainement par souci de transparence afin de trancher avec les pratiques occultes des sectes honnies, a décidé d’opérer dans le secret, à huis-clos. Une véritable messe noire qui s’est déroulée dans le cadre de nos instances représentatives. Une conception originale de la démocratie.

Peut-on dès lors parler de «rapport», «d’étude», «d’analyse» ? Le rapport Vivien a été en gestation durant deux années, l’avis de la Com­mission consultative nationale des droits de l’homme a été mûri durant un an. Le rapport Guyard voit le jour au terme de 21 heures d’auditions et de six mois de travail ! Son contenu ne manque pas de surprendre :

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- après avoir reconnu que le phénomène sectaire est «difficile à défi­nit; peu aisé à mesurer, impossible à saisir dans sa globalité» (pages 5, 6 et 125),

- avoué «la difficulté de définir le ternie de sectes pour délimiter le champ de son étude» (page 6),

- affirmé que «l’approche du phénomène des sectes, comme de tout autre, suppose que ce concept soit clairement défini» (page 8),

- la commission sans aucune gêne, précise qu’il s’agit en réalité d’un ‘faux obstacle» et que finalement, il ne faut ‘pas se laisser arrêter» par ce genre de détail (page 6),

- puis, dans un admirable élan, le rapport nous donne une incroyable «définition» (sic) des «sectes» qui seraient des mouvements religieux «sur lesquels a pu, à un moment ou à un autre, peser le soupçon d’une activité contraire à l’ordre public ou aux libertés individuelles»,

- et d’énumérer dix indices «permettant de supposer ,l’éventuelle réalité de soupçons conduisant à qualifier de secte un mouvement se présentant comme religieux».

L’observateur reste pantois. Ainsi, au Pays des droits de l’homme, des principes libéraux fondamentaux sont balayés :

- présomption d’innocence,

- principe de légalité des délits et des peines (le code pénal exige une définition préalable précise des actes jugés répréhensibles. Il est interdit, sur la base d’un texte pénal flou, imprécis, de sanctionner par assimilation tout comportement jugé «dérangeant», non conforme aux valeurs de la «société bien pensante»),

- principe de laïcité de l’Etat,

- droit à un procès équitable rendu par des juges indépendants, (liste non exhaustive).

Dès qu’un «soupçon» atteint un mouvement, ce dernier peut être
 qualifié de «secte» et subir, pour reprendre l’expression de certains observateurs un véritable «lynchage médiatique». Un «soupçon» naît généralement de la rumeur populaire, cette dernière est suscitée par les médias qui sont eux-mêmes largement alimentés par les associations anti-sectes.

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Douce France,

Cher Pays de mon enfance…”

LA GRANDE DIVERSITE DES NOUVEAUX MOUVEMENTS

Cette extrême diversité est à la fois réjouissante et inquiétante.
Réjouissante : la multiplicité des courants d’opinion est la preuve d’une très grande richesse intellectuelle, de l’ouverture d’esprit de tout un peuple, d’un climat de tolérance.

Inquiétante : une totale liberté permet parfois la constitution de groupes dont l’objectif est de dominer, d’asservir les populations (physiquement ou moralement, militairement ou par la propagande, brutalement ou de façon subtile et perverse).

Ce risque est un véritable défi pour les démocraties.

Les hommes réagissent diversement devant ce dilemme :
«O liberté ! que de crimes on commet en ton nom !»Madame Roland
«Liberté, liberté chérie,»Rouget de Lisle (la Marseillaise)

Ce thème peut donner lieu à un vaste débat philosophique, religieux, juridique.

En France : la liberté est le principe, l’interdiction l’exception.

Il convient néanmoins d’être vigilant et sur ce plan, des associations privées peuvent jouer un rôle utile à condition qu’il n’y ait ni excès, ni débordement, ni déviation, ni récupération. La matière traitée par ces associations privées est extrêmement complexe, mouvante et sensible.

Il est dangereux d’adopter une attitude rigide, simpliste, manichéenne à l’égard des mouvements minoritaires. La démarche se doit d’être prudente et menée avec sérieux, compétence, tolérance et respect des lois.

Que recouvre la notion de «sectes» dans l’esprit du public ?
Un raisonnement par élimination conduit à dire : tous les mouvements qui sont extérieurs aux religions traditionnelles.
Mais alors, quelles sont ces religions établies ? Et de citer, en fonction des effectifs et par ordre décroissant :
1- l’Eglise catholique romaine qui «regrouperait» 67% des soit environ 40 millions de personnes (le pourcentage était de 81% en…1986).

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2- l’Islam qui «rassemblerait» près de 2,5 millions de personnes en raison de la présence sur le territoire de travailleurs immigrés.

3- l’Eglise protestante qui «confédérerait» 950.000 personnes

4- le Judaïsme qui se «composerait» de 535.000 membres A ce stade des statistiques, une question se pose.

Faut-il arrêter cette liste à partir de la 4e» religion (ou de la 3ene place, comme pour le podium des jeux olympiques) ?

En effet, en Sème position nous trouvons les chrétiens Témoins de Jéhovah avec plus de 126.000 membres baptisés (les Témoins de Jéhovah ne baptisent que les personnes en «âge de discernement») et plus de 102.000 sympathisants (mêmes exigences).

Statistiques qui posent des problèmes à l’ADFI catholique qui a décidé, de façon discrétionnaire et autoritaire, de classer les Témoins de Jéhovah parmi les sectes. Ce classement est contre toute logique arithmétique. Il est vrai qu’il permet d’agresser cette organisation religieuse et de l’accabler de tous les maux…
Par ailleurs, que recouvrent ces données brutes ?

Les chiffres communiqués par l’Eglise des Témoins de Jéhovah n’englobent que la population «capable de discernement». Cette notion figure dans les nouveaux textes édictés en faveur des enfants :
- article 12 de la convention relative aux droits de l’Enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 et publiée en France par le décret n° 90­917 du 8 octobre 1990 (J.O. 12 octobre 1990) :

« Les Etats garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité (…)».
- articles 388-1 et 388-2 du code civil français, rédaction résultant de la loi n° 93-22 du 8 janvier 1993 :

«Dans toute procédure le concernant, le mineur capable de discernement peut, sans préjudice des dispositions prévoyant son intervention ou son consentement, être entendu par le juge ou la personne désignée par le juge à cet effet.

Lorsque le mineur en fait la demande, son audition ne peut être écartée que par une décision spécialement motivée. Il peut être entendu seul, avec un avocat ou une personne de son choix (…)».

Les enfants non doués de raison sont systématiquement exclus des statistiques fournies par l’Eglise chrétienne des Témoins de Jéhovah.
En est-il de même au sein des autres confessions ?

Il convient de relever la précision des chiffres fournis par l’Eglise des Témoins de Jéhovah. Ainsi, en 1995 le recensement fait état de 126.508 pratiquants et de 228.783 pratiquants et sympathisants.

Nous sommes loin des approximations grossières (67% de la population!! !) des «Grandes Eglises».

Cette touchante précision quant au nombre exact de «brebis», cette consi­dération pour chaque fidèle sont conformes à l’enseignement du Christ. Jésus n’a-t-il pas dit à Pierre : «Fais paître mes petites brebis» (Luc 21 : 15).

Cette recommandation a été formulée à trois reprises pour accentuer l’intérêt sincère qu’il convenait de manifester à l’égard «des petits», de…chaque petit.

L’oubli de cette prescription dictée par l’amour du prochain explique certainement l’actuelle crise spirituelle.

Les religions précitées englobent indifféremment dans leurs effectifs : les adultes, adolescents, enfants et…nourrissons, les pratiquants et non- pratiquants.

Il est douteux que les 67% de Français considérés comme catho­liques assistent à la messe, le dimanche matin, compte tenu des longues files d’attente devant les P.M.U., cafés et buvettes, pâtisseries… à l’heure de l’office religieux.

« Bizarre, vous avez dit bizarre ? »

Par ailleurs, les quatre premières religions françaises (au plan des effectifs) constituent en réalité de véritables «nébuleuses» (expression empruntée à l’ouvrage du Professeur Pierre Barrucand : «Haines d’hier et d’aujourd’hui. Campagnes anti-juifs, anti francs-maçons, anti-sectes». Le Professeur Barrucand est Maître de recherche au CNRS, médaillé de la Résistance).

Certaines Eglises présentent un aspect diffus et vaporeux incontestable. Reprenons nos quatre «Big»:

L’Eglise catholique est divisée :

« Nous sommes inquiets. Il n’est pas un séminaire qui ne soit divisé entre intégristes, progressistes et partisans du statu quo» (J. Ellis, le «National Catholic Reporter» du 19 octobre 1979). La situation s’est aggravée depuis 1979. La division atteint les fidèles.

L’Eglise protestante englobe dans son effectif de 950.000 personnes environ «140.000 non-membres : certains baptistes, pentecôtistes, méthodistes, mennonites, quakers, darbystes, évangélistes libres, adventistes et l’Armée du Salut» (le «Quid» 1993 page 530 b).

Le mouvement se scinde en divers courants : Eglise réformée (ou calviniste), Eglise luthérienne, Eglises congrégationalistes… Cette diversité n’est pas une cause de rivalité. La paix qui règne en Ardèche le démontre.

L’Islam n’échappe pas à ce phénomène avec l’apparition récente d’un intégrisme qui inquiète les pouvoirs publics et suscite la vigilance des Renseignements Généraux. L’ADFI catholique ne se préoccupe nullement de ce dossier, jugé…trop dangereux. Elle préfère agresser des communautés pacifiques. Courageuse, mais pas téméraire… Parallèlement à l’existence de divisions anciennes (Chiisme, inamites, ismaéliens, zaïdites, ismaèliens nizârites, kharedjisme, soufisme, sunnites…) de nouveaux courants sont nés (Ahmadiya, Frères musulmans, Mouridisme, Salafiya, Sanûsiya, Tablighi, Wahhabisme…).

Le Judaïsme révèle de semblables divisions entre Orthodoxes, Conservateurs, Libéraux.

Selon le Professeur Barrucand : «Il existe peu de rapport entre le judaïsme libéral de la rue Copernic et certains groupes dits orthodoxes» (ouvrage précité).

Secte : La machine à remonter le temps : 1974 - 2010

Pierre Burrucand haine d’hier et d’aujourd’hui

 

Secte : La machine à remonter le temps : 1974 - 2010 (part 4)

page11-web.jpgFace à ces constellations religieuses, ces mosaïques cultuelles, les Témoins de Jéhovah présentent une unité sans faille. Il convenait de rappeler cette réalité qui est malheureusement trop souvent oubliée.

Nous le constatons, l’évocation du mot «secte» soulève quantité de problèmes. Tant au niveau des religions établies que des «sectes», il existe des appellations trompeuses. Il convient dès lors d’être prudent dans le maniement de notions imprécises qui sont très souvent utilisées de façon péjorative pour désigner tout mouvement, groupe, rassemblement qui ne respecte pas un certain «conformisme» par rapport aux valeurs et mode de vie de la société bien pensante.
La chanson de Georges Brassens est toujours d’actualité : «non les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux…».

LE NO MAN’S LAND SPIRITUEL

S’agissant de ces nouveaux groupes qui s’écartent de la «norme ambiante» (la «Norme française spirituelle» !), de nombreux sociologues, juristes, psychologues…ont tenté en vain de les différencier des religions. L’approche peut emprunter diverses voies et retenir :

- L’aspect création ou plagiat.

Il conduit à distinguer les minorités «créées de toutes pièces» et celles qui opèrent au sein des religions établies. En un mot l’opposition née de Darwin entre «création» et «évolution».

Le terme «secte» ne désignerait que les «groupes de personnes qui à l’intérieur d’une religion, professent les mêmes opinions particulières» (définition du dictionnaire Hachette 1990).
Cette classification ne peut satisfaire les associations anti-sectes qui naviguent déjà à l’aveuglette dans un domaine qu’elles ignorent (ou méprisent) : la liberté de conscience. En effet, selon cette analyse :

* Les Eglises établies seraient de grandes religions formées d’une multitude de sectes.

* L’Eglise des chrétiens Témoins de Jéhovah serait une petite (pour l’instant) religion n’ayant aucune secte à son bord.

- L’aspect révolutionnaire ou réformateur de l’idéologie diffusée. Mais, ce qui dérange n’est-il pas par nature «révolutionnaire» ? Le Pape est opposé à l’avortement au nom du respect de la vie. Cette prise de position «dérange» de nombreux fidèles. Le Vatican devient-il une secte ? Du moins sur cette question..;

- L’aspect dangerosité :

les «sectes-escroquerie» et les «sectes-sorcellerie», pour reprendre l’expression du Professeur Jacques Robert, seraient mises à part. Selon ce juriste, en dehors de ces deux catégories, les sectes ne se différencient pas des religions.

- L’aspect réaliste ou utopique du mouvement. Mais, les indigènes qui placent de la nourriture sur la tombe de leurs morts qui ne peuvent plus se nourrir manquent-ils de réalisme par rapport aux occidentaux qui déposent des fleurs… alors que leurs chers disparus sont privés d’odorat ?

Quid du culte des ancêtres pratiqué par les Japonais ?

- L’aspect strictement cultuel ou mystique, ésotérique des mouvements. On distinguerait alors les mouvements dits «orthodoxes» (dont les enseignements seraient fondés sur une valeur sûre, la Bible par exemple) des autres qui recouvrent d’ailleurs des sensibilités très diverses (guérisons ésotériques, yoga, spiritisme, magie, occultisme, astrologie..). Cette classification risque d’écarteler (supplice particulièrement désagréable) les Français dans la mesure où 67% seraient catholiques tout en dépensant chaque année environ 20 milliards pour connaître leur avenir grâce à l’astrologie, les arts divinatoires, la sorcellerie, les sciences occultes…

Selon une enquête («Madame Figaro» du 27 mars 1993), «58 % des Français tiennent l’astrologie pour une science». Il est vrai que les statistiques des grandes églises ne sont pas à une entorse près et sont établies avec une précision très approximative…

- L’aspect national ou extérieur du mouvement.

Nos produits dits «locaux» (religions occidentales) se différencieraient des importations provenant d’autres parties de la planète.

Selon certains, la qualité (et l’aspect rassurant) de notre production régionale trancherait du… «made in Taïwan» qui seul serait qualifié «secte». L’établissement d’un tel contrôle douanier cultuel heurte la raison. Comment peut-on apposer l’étiquette «secte» sur des religions telles : le Confucianisme, le Bouddhisme, l’Hindouisme ?

Ce classement est inspiré par un protectionnisme hérité du 19è siècle. Nous pourrions multiplier à l’infini les formules de classement qui présentent le commun dénominateur d’être insatisfaisantes.

Ce bref aperçu confirme la difficulté de l’entreprise. Le terrain est mouvant, glissant et se dérobe sous les pieds.

Malgré ces difficultés, certaines associations anti-sectes, conscientes de l’extrême fragilité de leur position, des critiques encourues ont tenté de fixer un cadre, des principes, des règles justifiant leurs actions.

L’une d’entre elles : l’A.D.F.I. catholique, a défini la «secte» (voir le «Quid» de 1993 page 554 b ). Selon cette association, il y aurait plusieurs éléments d’identification :

1 - «La manipulation mentale» des membres

2 - entraînant «une destruction de la personne»

3 - une «destruction de la famille»

4 - une «destruction de la société»
Au niveau «des moyens utilisés par la secte», l’ADFI catholique relève :

5 - « séduire et sur valoriser le futur- adepte »

6 - « anesthésier l’esprit critique et la personnalité du futur adepte »

7 - « renforcer l’adhésion au groupe et favoriser les ruptures »

8 - « rendre le retour impossible »

La définition est satisfaisante en soi. Tout dépend de la façon dont ces critères cumulatifs sont mis en œuvre.

Nous ne contestons pas la raison d’être des associations de défense contre les mouvements dangereux.

Nous marquons par contre notre profond désaccord au niveau de l’intolérance, du climat de haine suscités par les éléments dirigeants, «les troupes de choc» de ces associations.

Ainsi, certaines communautés agraires regroupant des écologistes, des personnes désireuses d’effectuer «un retour à la terre» et d’associer leurs moyens de production, ont été qualifiées de sectes (rien d’inquiétant jusqu’ici) et font l’objet d’attaques, de dénigrement (ce qui devient inadmissible).

La guerre menée contre l’Association cultuelle des Témoins de Jéhovah illustre bien cette inquiétante «déviation» par rapport à la «Directive» sus-mentionnée qui a été spontanément adoptée par l’ADFI catholique. Il existe en France plusieurs centaines de sectes (selon les rapports Vivien et Guyard). Toutes sont combattues par l’A.D.F.I catholique avec la même virulence, obstination, agressivité.
A croire les responsables de cette association, toutes les batailles sont justifié. Aucune erreur ne serait commise, le parcours serait sans faute. Le «dogme de l’infaillibilité papale» resurgit avec force. Est-ce étonnant compte tenu du parrainage de cette association ?

Certains «moyens» reprochés aux «sectes» sont utilisés sans scrupules.

page105-web.jpgLE COMPORTEMENT DES ASSOCIATIONS ANTI-SECTES

La démarche des associations anti-sectes est la suivante : non conformisme = secte = dangerosité = élimination.

De telles conceptions ont été dans le passé à l’origine de nombreux malheurs pour l’espèce humaine.

Songeons aux guerres de religion en France où plus de 300.000 protestants furent contraints de quitter leur terre natale. Ces expulsions furent une grande perte pour le pays sur les plans culturel, commercial, cultuel… Songeons aux génocides indien, arménien, juif, tzigane… commis dans le inonde.

Une remarque générale : les sectes sont le produit de notre crise de civilisation. Les combattre revient à attaquer les effets d’un mal en feignant d’en ignorer les causes profondes. Est-ce réaliste ?

Les humains se livrent à une réflexion personnelle sur la vie, le monde, le bonheur… De nombreuses personnes abandonnent l’autoroute monotone des grandes religions et empruntent les petits chemins de l’arrière pays afin de vivre des expériences originales, enrichissantes… et parfois dangereuses.

Les symptômes de cette crise morale, spirituelle, intellectuelle sont nombreux : développement de l’hédonisme sous toutes ses formes (sport, loisirs, jeux d’argent…), irruption des mouvements révolutionnaires à la conquête de la «Liberté», recherche des «paradis artificiels» de la drogue… et l’attrait irraisonné pour les mages, les gourous, ces «guides spirituels» (sic) nouveaux. Ces refuges constituent en quelque sorte un médicament pour lutter contre l’angoisse, la peur d’un avenir inquiétant.

Les nouveaux mouvements religieux attirent principalement la jeunesse de notre pays. Nos jeunes se détournent du modèle de société que nous leur proposons (ou plus exactement, imposons).
En effet, entre le chômage, la société de consommation, la disparition de notre environnement, des retraites hypothétiques, une multiplication des sans logis, des banlieues transformées en ghetto… la marge de manœuvre et les possibilités d’exercer un libre arbitre sont pour le moins réduites.***
***Les jeunes contestent les valeurs, les structures, les mentalités, les buts… de notre société.

Lorsque notre société agresse les sectes, sans distinction, elle attire l’attention sur ces moyens «d’évasion». Ce faisant, elle suscite l’intérêt d’une jeunesse qui, dans sa révolte, est à la recherche d’une autre forme d’épanouissement. Or, et c’est le drame, certaines structures d’accueil ne sont pas recommandables. La dangerosité (notion qui doit être préalablement définie) de quelques sectes qui ne sont absolument pas représentatives du phénomène, ne doit pas conduire à une guerre généralisée contre tous les mouvements minoritaires.

L’ADFI catholique rassemble de nombreux parents désemparés de voir leurs enfants «récupérés» par des «sectes». Nous comprenons fort bien leur désarroi. Certains parents n’ont rien à se reprocher dans cette dislocation de la cellule familiale. Par contre, des pères et mères ont renoncé à assumer leurs responsabilités. Les tribunaux correctionnels et pour enfants regorgent de ces «jeunes oubliés».

page45-web.jpgIl est faux d’affirmer que «les sectes ont pris nos enfants». Il serait plus exact de reconnaître humblement que «nous avons perdu nos enfants» et de se poser en toute honnêteté les questions suivantes : Pourquoi ? Ai-je bien assumé mes devoirs et responsabilités ? N’ai je pas sacrifié mes enfants pour mon travail, mes ambitions ? Etais-je toujours présent et disponible pour les aider dans leurs difficultés ?

Il est vrai que de telles questions dérangent, remettent en cause beaucoup d’habitudes, de certitudes. Il est plus facile de trouver des « boucs émissaires ». Ces derniers d’ailleurs réapparaissent à l’occasion de chaque crise. Sous l’empereur Néron, ce furent les chrétiens de l’Eglise primitive, à d’autres époques : les Juifs, les Jésuites, les Maçons…et aujourd’hui, à côté des immigrés, « les sectes »».

Cette politique de l’autruche ne permettra nullement la résolution des problèmes évoqués. Il faut savoir affronter ses propres responsabilités et… la cruelle vérité.

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Pierre Burrucand haine d’hier et d’aujourd’hui

 

« AU NOM DE LA LOI… »

Non, il ne s’agit pas d’un remake du feuilleton dans lequel s’est illustré Steve Mac Queen.

Quelques pensées me viennent à l’esprit après avoir lu l’excellent article de Paul Vinel intitulé « Jours de folie au Parlement ».

Beaucoup déplorent « l’absentéisme » de nos élus aux sessions parlementaires, mais cet absentéisme n’est-il pas en fin de compte salutaire ? En tout état de cause, sa généralisation éviterait une inflation législative source de complexité de la vie juridique ou le quantitatif supplante le qualitatif, et surtout la confusion qui a entouré le vote de l’article 124 contenu dans la loi dite (doux euphémisme) de « simplification du droit ».

Curieux tout de même ! Les parlementaires veulent « simplifier » le droit et, dans la foulée, une disposition douteuse et particulièrement « ciblée » disparait. Ne serions-nous pas en présence d’un « acte manqué »  En supprimant la possibilité de dissoudre une personne morale en cas d’escroquerie, les parlementaires n’ont-ils pas dévoilé un conflit inconscient ? Cette guerre d’un autre âge (« la Guerre de Trente ans » qui, si elle se poursuit va devenir « la Guerre de Cent ans ») déclarée à l’encontre des minorités ne commence-t-elle pas à indisposer les vrais parlementaires, ceux qui sont attachés aux valeurs républicaines et démocratiques ?

N’oublions pas qu’un « acte manqué » est en réalité un acte réussi. Selon Wikipedia : « Il s’agit en fait de la réalisation d’un désir inconscient. Le sujet croit échouer mais éprouve une satisfaction pulsionnelle inconsciente » (…) La volonté consciente de faire quelque chose se trouve alors perturbée par le désir, à demi-inconscient, de faire autre chose. Freud y voyait un signe révélant une expression inconsciente. Ainsi, les députés qui habituellement dorment se sont réveillés et ont accédé à cet état « demi-inconscient » qui a permis d’évacuer un texte discutable. Ils ont été rejoints par leurs pairs qui ont fait fi de leur volonté consciente qui leur commandait autre chose.

Si tel est le cas,  il ne s’agirait pas de « Jours de folie au Parlement » mais plutôt de« Jour d’Indépendance » (Independance Day). Le Jour où, même inconsciemment, les députés reprennent leurs prérogatives et font prévaloir le bon sens, la tolérance et le Droit.

Finalement, n’est-ce pas l’explication à cette péripétie pour le moins burlesque ?

Il existe une autre explication. Elle est beaucoup moins flatteuse. Elle provient de Pierre-Joseph Proudhon qui écrivait à la fin du 19è siècle :

“Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle Assemblée nationale pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus complètement l’état d’un pays sont presque toujours ceux qui le représentent”

Tout compte fait, je préfère mon interprétation des évènements. Et vous ?