LHISTOIRE, CE RICHE TRESOR DU DESHONNEUR DES HOMMES
« LHISTOIRE, CE RICHE TRESOR DU DESHONNEUR DES HOMMES »
(Henri Lacordaire)
Cet article fait suite au précédent et complète léchange de mails quil a suscité.
LEGLISE CATHOLIQUE ALLEMANDE SOUS LE REGIME NAZI
Dune façon générale, ce sont toutes les églises dAllemagne (et des territoires occupés par cette dernière) qui ont été complices et ont soutenu le régime nazi. Le débat ayant été porté sur lEglise catholique, je me limiterai à cette dernière.
Un nombre incalculable douvrages a porté sur ce sujet qui suscite toujours autant de polémiques. Les archives disponibles, les documents fournis, les photos decclésiastiques faisant le salut et se commettant avec les responsables nazis, les témoignages des survivants constituent des preuves incontestables des lourdes responsabilités en la matière de la hiérarchie catholique.
En 1987, lorsque le pape Jean-Paul II, en visite en Allemagne, tenta lincroyable tour de force daccréditer lidée que lEglise catholique avait été une force dopposition et de résistance à la dictature nazie, il se heurta à un refus digne, respectable et honnête rapporté dans le New-York Times : « Des catholiques ont critiqué cette tentative et ont accusé le pape de dénaturer les faits car, en réalité, seulement quelques dignitaires catholiques ont résisté à la tyrannie nazie, mais cétait généralement pour défendre les privilèges de lEglise ».
Cette tentative infructueuse sinscrit dans la campagne de désinformation qui a été menée par le Vatican dès la Libération en 1945. Rome est coutumier de ces « remodelages » de lHistoire.
LAssemblée des Evêques dAllemagne réuni à Fulda le 23 août 1945 (juste après la capitulation du 8 mai signée à Reims), avait pourtant fait le bilan du catholicisme allemand durant la période 1933-1945. Voici un extrait de sa déclaration :
« Beaucoup dAllemands, même dans nos rangs, se sont laissé tromper par les doctrines fausses du national-socialisme, ont assisté indifférents aux crimes contre la liberté et la dignité humaines, beaucoup ont prêté assistance aux criminels par leur attitude, beaucoup sont devenus eux-mêmes des criminels. Une responsabilité lourde pèse sur ceux qui auraient pu empêcher de tels crimes par leur influence et qui non seulement ne lont pas fait mais ont rendu possible ces crimes et ce sont déclarés par là solidaires des criminels »
Les camps de la mort témoignent du martyre enduré par de nombreux groupes dhumains : Juifs, Slaves, Tziganes, résistants, homosexuels, opposants politiques (des prêtres et des pasteurs parmi eux), Francs-Maçons, Témoins de Jéhovah Sagissant de cette petite Eglise la revue Le Déporté doctobre 1991, dans sa présentation du livre de Sylvie Graffard et de Léo Tristan, écrivait :
« Quel courage, en effet, ne fallait-il point pour refuser sous Hitler de porter les armes et dabjurer une foi qui ne veut absolument pas transiger avec le commandement de Dieu qui est « Tu ne tueras pas ». Ce livre est dune lecture passionnante, dautant quil rappelle à tant dautres déportés lattitude exemplaire, voire charitable de « témoins » qui ont appliqué au plus haut point l « Amour » au sens le plus chrétien du terme » (Les Bibelforscher et le nazisme (1933-1945) Ces oubliés de lHistoire).
Le lecteur pourra utilement compléter sa bibliographie avec le livre de Guy Canonici « Les Témoins de Jéhovah face à Hitler ».
Mais, objectera-t-on : lEglise catholique allemande est une chose, le Vatican en est une autre ! Ce dernier serait totalement étranger à ce drame. De nombreux ouvrages ont traité de cette question :
- « Pie XII et le IIIè Reich » de Saul Friedlander aux éditions du Seuil
- « Lettre ouverte au pape qui veut nous asséner la vérité absolue dans toute sa splendeur » de Bernard Besret, éditions Albin Michel
- « Le Vatican contre lEurope » dEdmond Paris, éditions Fischbacher
- « Les silences de Pie XII » de Léon Papeleux, éditions Vokaer
- « Le Vicaire » de Rolf Hochluth, éditions Le Seuil
- « LEglise catholique face au fascisme et au nazisme : les outrages de la vérité » dHenri Fabre, éditions EPO
- « La diplomatie du Vatican à lépoque de lHolocauste » de John Morley
Liste bien évidemment non exhaustive
LE VATICAN ET LE NAZISME
Différents éléments doivent être pris en considération :
- Dune façon générale, selon le droit international, le Vatican est un Etat totalement indépendant qui, comme tout Etat, détermine sa politique et entretient des rapports avec les autres Etats de la communauté internationale par lintermédiaire dambassadeurs. Ce statut lui permet dailleurs de siéger à lONU et dexiger le respect des traités signés (Latran avec lItalie fasciste, le concordat avec lAllemagne nazie )
- Si lon doit classer le Vatican au regard de la nature de son régime politique, il sagit selon le droit constitutionnel dune monarchie absolue.
- Le Concordat signé entre le Vatican et le Troisième Reich en juillet 1933 simposait à lEglise catholique allemande.
- Compte tenu des rapports existants entre cette Eglise et Rome et de labsolutisme régnant au Vatican, quelle était la marge de manuvre des ecclésiastiques allemands ? Ces derniers se voyaient dénier toute autonomie, toute liberté daction. Lautorité de Rome dans ce pays était absolue.
- Dès lors, la position adoptée par la hiérarchie catholique allemande à légard du régime nazi concrétisait, sur le terrain, la politique arrêtée à Rome.
- Si ce nétait pas le cas, le Vatican naurait pas manqué de dénoncer la désobéissance voire la sécession de lEglise allemande.
- Dans cette éventualité, le pape, compte tenu du droit canonique, ne manquait pas de moyens. Il avait notamment la possibilité, par lintermédiaire de Radio Vatican, dadresser un message universel très fort de condamnation qui aurait pu provoquer une prise de conscience des catholiques. Il pouvait évoquer la sanction de lexcommunication
- Mais, le pape a gardé un « silence assourdissant » face à la barbarie nazie et à lHolocauste. Cette encyclique papale tant attendue na jamais vu le jour.
– « La conclusion que lon peut tirer est la suivante. A lépoque de lHolocauste, le Vatican a failli à sa mission envers les Juifs » (livre de John Morley « La diplomatie du Vatican à lépoque de lHolocauste »).
- Certes, les « avocats » ne manquent pas pour expliquer le silence du pape et la léthargie du Vatican. Ils ont évoqué : « un relatif silence » (Lévai) ; « une attente prudente et une réserve éclairée » (le nonce à Vichy) ; lémotion : « Le pape était visiblement ému et, comme toutes les fois quil était ému, il ne trouvait pas de parole » (de Kerdreux) ; un Jésuite du nom de Warszawski tentera même dexpliquer que ce silence était « une invention historique ».
- Dans la mesure où le pape décide dêtre aphone durant toutes les années noires pourquoi a-t-il mis un terme à ce choix politique en mai 1945, juste avant la capitulation allemande (auparavant le pape avait tout tenté pour éviter au régime nazi une telle fin ). Lallocation papale, adressée au sacré collège et publiée par lOsservatore romano condamne pour la première fois, à onze reprises (il fallait vite, très vite rattraper le temps perdu ) le régime criminel nazi.
- Le Vatican fera valoir ses titres de résistant, ceux de lensemble de la hiérarchie et de la communauté catholique tout entière. Selon Henri Fabre : « Le ton est donné. Dabord mesuré, le plaidoyer va saffermir en utilisant au besoin des moyens peu conformes à une authentique investigation de lhistoire. Des textes sont transfigurés par dopportunes mutilations ( ) des documents gênants sont ignorés, des traductions sont contestées par ceux-là même qui ne dédaignent pas destropier une langue étrangère pour orienter un texte dans une direction donnée ( ) Reste à répandre le nouveau credo ( ) Un esprit bien conditionné est prêt à accueillir nimporte quelle contrevérité pourvu quelle conforte sa panoplie didées reçues ( ) »
- Puis, pour expliquer son attitude passive durant la période nazie, le Vatican invoquera lignorance. Il est pourtant de notoriété publique que son service de renseignements est le meilleur du monde. A en croire cette autorité spirituelle mondiale, le pape en savait moins sur lHolocauste que la petite Anne Franck qui, cachée dans un appartement à Amsterdam, consignait dans son journal : « 9 octobre 1942. Beaucoup de nos amis juifs sont petit à petit embarqués par la Gestapo qui ne les ménage pas, loin de là, ils sont transférés dans des fourgons à bétail ( ). Nous nignorons pas que ces pauvres gens sont massacrés. La radio anglaise parle de chambres à gaz » (Journal dAnne Franck chez Calmann-Lévy, 1950, page 60)
- A propos du silence du Vatican, le général de Gaulle écrit dans ses mémoires de guerre que lEglise est « au surplus très renseignée » et que « ( ) du drame qui bouleverse lUnivers, ses réflexions et son information ne lui laissent rien ignorer » (Mémoires de guerre chez Plon « lUnité » p 233).
- Cette troisième contrevérité passera tout aussi difficilement que les précédentes. Dautant plus que le Vatican, dès mai 1945, facilitera limpunité et le départ vers des cieux plus cléments de nombreux criminels nazis dont certains seront retrouvés et jugés par lEtat israélien. Curieuse façon dexprimer son repentir et de concrétiser un changement de politique !
- Enfin, une quatrième contre vérité sera avancée : le Vatican se taisait en raison de léchec de ses démarches effectuées auprès des autorités nazies. Un problème : les archives allemandes de la Wilhelmstrasse, qui ont été ouvertes aux historiens, ne contiennent aucune trace de telles démarches ! Quant au Vatican il na fourni aucun élément écrit prouvant lesdites démarches. Est-ce si difficile ? Entre 1933 et 1945, il ny aurait eu aucun échange de correspondance, aucun contact permettant détayer la version vaticane ?
- Dans un procès pénal, quand un prévenu ou un accusé multiplie les mensonges et contradictions, cest dans la quasi-totalité des cas pour masquer des faits délictueux ou criminels très graves.
- Il appartient dès lors au Vatican, pour lever les accusations et écarter les preuves concernant sa complicité douvrir ses propres archives. Or, ces dernières sont tenues secrètes et hors de portée des chercheurs et des historiens. On se demande pourquoi ? La sacro sainte raison dEtat ?
Sagissant des chrétiens Témoins de Jéhovah :
- Est-il judicieux de rappeler que Rome a toujours violemment réagi contre toute forme d« hérésie » : Templiers, lInquisition, Cathares, Vaudois, Protestants
- Les Témoins de Jéhovah, dès le début de leur activité à la fin du 19è siècle, nont pas échappé à cette constante. Ils ont essuyé dans tous les pays les foudres de lEglise catholique y compris dans des Etats où les droits de lhomme et les libertés fondamentales étaient solidement assurés : Etats-Unis, Canada, Italie, France
- Au sein dun système de monarchie absolue, le Vatican ne pouvait ignorer ces guerres de religion menées à léchelle mondiale. Il ne sagissait pas dinitiatives purement nationales mais dune politique orchestrée par Rome !
Dans lAllemagne nazie :
- en janvier arrivée dHitler au pouvoir grâce au vote du parti catholique allemand,
- en juillet signature du Concordat,
- au cours de lété luvre des Témoins de Jéhovah est interdite dans la plupart des Etats allemands et très vite dans lensemble du pays. Leur persécution allait par la suite sintensifier.
Or, en 1933, la question du pacifisme des Témoins de Jéhovah, de leur neutralité, de leur refus de faire la guerre ne se pose pas, le Troisième Reich nest pas encore en guerre et na aucune raison de pourchasser ces chrétiens.
Pourtant ces derniers, malgré leur discrétion, leur apolitisme et leur respect des lois vont être arrêtés, emprisonnés. Une persécution qui va rapidement conduire à la déportation et à lassassinat. Un épisode, certes plus dramatique et horrible que les précédents, mais un épisode qui sinscrit au sein dune politique constante et de caractère mondial. En 1933, qui a pu inciter les nazis à sattaquer à ce groupe ?
« Il y a maintenant un pays où la secte des prétendus Etudiants de la Bible (Témoins de Jéhovah) est proscrite. Cest lAllemagne ! ( ). LorsquAdolf Hitler eut pris le pouvoir et que lépiscopat allemand lui eut formulé la même demande, le Führer répondit : « Ces Etudiants de la Bible (Témoins de Jéhovah) sont des fauteurs de troubles ( ). Je les tiens pour des charlatans et ne tolérerai pas que les catholiques allemands soient salis par ce juge américain Rutherford, je dissous (les Témoins de Jéhovah) en Allemagne » (Article écrit par un prêtre catholique et publié dans le journal allemand Der Deutsche Weg, édition du 29 mai 1938)
Une nouvelle fois, le Vatican, compte tenu de tous ces éléments accablants de culpabilité se doit de se justifier et dassurer le libre accès de ses archives secrètes. Sont-elles si accablantes quil préfère supporter les accusations ? Ignorer les amoncellements de documents ? Dindices ? De présomptions ?
Ces preuves sont nombreuses et suffiraient largement à toute cour pénale internationale, sur la base du droit criminel, à établir la responsabilité et la culpabilité du Vatican.
En droit, on parle de « faisceau dindices ». Celui est particulièrement fourni, éloquent et déterminant. Il est vrai que si certains exigent un aveu écrit explicite et complet du Vatican, lattente risque dêtre longue… Ce dernier a très bien manuvré, dès la Libération. A défaut de se justifier, il a entretenu lambiguïté. La falsification de lHistoire quil a diligentée a atteint son but, elle a permis de diviser les chercheurs et les historiens. La polémique sur le sujet est loin d être close.
Une juridiction internationale, investie des moyens et des pouvoirs nécessaires, aurait pu exiger des explications et justifications susceptibles de modifier les données de cette affaire. Le silence gardé ne constitue pas en droit un mode de défense suffisant lorsque des charges affligeantes, quil convient dinfirmer, ont été réunies. Mais, le Vatican est un Etat souverain Qui plus est, cet Etat reste une autorité religieuse mondiale, bien que cette dernière ait failli à sa mission première La démarche dun juriste nest ni celle dun historien, ni celle dun politicien même sil leur arrive fréquemment duvrer ensemble.
Pour terminer citons LEnciclopedia des Novecento publiée par lInstitut de Lencyclopédie italienne :
« Lépiscopat, après avoir signé avec les nazis un concordat qui lui était étrangement favorable, nosait plus prendre ouvertement position contre le régime. De plus, le secrétaire dEtat, le cardinal Pacelli (connu plus tard sous le nom de Pie XII) regardait dun bon il laspect anti-communiste du Troisième Reich ( ) entre lEtat et les Eglises, qui navaient jamais élevé la moindre protestation contre les persécutions que subissaient les Juifs et les Témoins de Jéhovah, il sétablit un genre de statu quo ( ) La grande majorité du clergé des deux confessions (luthérienne et catholique) gardèrent une attitude manifestement fidèle au régime ( ) Dans le domaine des relations extérieures, lattitude conciliatrice du Vatican fut dun grand secours pour le régime, particulièrement lors de sa montée vers le pouvoir » (Volume IV, page 519)
« En histoire, il faut se résoudre à beaucoup ignorer »
Anatole France
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Ceci éclaire cela… Très difficile de faire la distinction entre la politique vaticanaise et l’attitude générale du catholicisme germanique.
Les Églises “chrétiennes” ont brillé par leur absence, pour le moins; elles ont été aphones et pour le pire, coupables par leur soutien politico-religieux envers le régime nazi. Une tache de plus sur le vêtement déjà imbibé de sang innocent.
Merci, Christian. Il fallait l’écrire.
« Le Concordat signé entre le Vatican et le Troisième Reich en juillet 1933 simposait à lEglise catholique allemande. Compte tenu des rapports existants entre cette Eglise et Rome et de labsolutisme régnant au Vatican, quelle était la marge de manuvre des ecclésiastiques allemands ? Ces derniers se voyaient dénier toute autonomie, toute liberté daction. Lautorité de Rome dans ce pays était absolue. Dès lors, la position adoptée par la hiérarchie catholique allemande à légard du régime nazi concrétisait, sur le terrain, la politique arrêtée à Rome. », affirme M. Paturel.
Pour répondre à cette affirmation, il faut connaitre deux choses : en premier qui prenait les décisions au Saint-Siège dans les années 1930 et, en second, quels étaient les rapports entre léglise allemande et le Vatican à lépoque.
1. Qui prenait les décisions au Vatican dans les années 1930
Alors quau XIX siècle les prises de décision dans la curie romaine sélaboraient de façon collégiale, on observe après la première guerre mondiale une concentration des décisions politiques sur deux personnes : le pape, à lépoque Pie XI, et le cardinal secrétaire détat, Eugénio Pacelli futur Pape. Il faut savoir, en outre, que Mgr Pacelli a été nonce, en Allemagne, de 1917 à 1929, ce qui faisait de lui quelquun de très attentif aux événements qui se passaient dans ce pays. Nous allons développer son rôle dans le chapitre suivant.
2. Les relations entre léglise catholique allemande et le Vatican.
A lorigine, les nonciatures apostoliques permanentes nexistaient pas dans lempire germanique. A partir de 1513, un nonce fut chargé de représenter les intérêts du saint siège à la cour impériale de Vienne. Petit à petit, trois nonciatures sétablirent : lune à Lucerne(1579) lautre à Cologne (1584) et la dernière, plus tardivement, à Munich (1785). Le pape tenta dinstaller à Munich un nonce qui aurait le statut darchevêque et de contrôleur des évêques et des états quils gouvernaient.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Prince-%C3%A9v%C3%AAque
Dans le contexte de ce quon a appelé le fébronianisme, un mouvement réformateur dans lempire germanique a lutté pour affirmer lautonomie des évêques face aux prétentions du Pape. A la suite de la première étape de laïcisation, en 1803 (sous le règne de Napoléon Bonaparte), dans lempire germanique, ce mouvement a disparu. La nonciature de Munich a alors pris une grande importance et est devenue de facto « la nonciature du Reich ». La doctrine du Vatican a suivit lextension de compétence de la nonciature de Munich. Mais tandis que la fonction politique de nonce comme représentant diplomatique du Saint Siège dans lAllemagne catholique bénéficiaient dune large reconnaissance politique, ses tentatives de surveillance stricte de léglise locale donnèrent lieu à de violentes critiques. Au XIX siècle naquit ainsi dans lentourage des catholiques libéraux la méchante formule « nuntius= denuntius » dont on comprend facilement la signification, même si on ne connait pas le latin En outre, dans de nombreux diocèses allemands, les évêques ne pouvaient attribuer que quelques curies en toute autonomie. La nomination des ecclésiastiques étant très souvent une prérogative de la puissance politique. Le pouvoir politique utilisait souvent la possibilité de favoriser les ecclésiastiques dorientation « libérale » aux postes importants et refusait la charge dune curie aux ultramontains fidèles aux Papes. Mgr Pacelli, à sa nomination comme nonce à Munich, en 1917, a bien essayer de modifier cela mais Il a rencontré de grandes difficultés dans cette tache. Cela sest fait, petit à petit, après des négociations avec les autorités allemandes et le Saint-Siège.
Précisons aussi que les nonces ont toujours le rang darchevêque, ce qui leur assure la supériorité hiérarchique sur les simples évêques. Mgr Pacelli, lui, a été Nonce à Munich, en 1917, et, à partir de 1920, date de la création de la nonciature à Berlin, également, dans la capitale du Reich. Pour Mgr Pacelli, les ecclésiastiques allemands avant son arrivé nétaient rien dautre que : « des évêques détat car ils avaient obtenu leur charge avec le soutien des gouvernements et, de ce fait, leur étaient redevables »(1). Il supposait chez eux une tendance latente à mettre les intérêts de lAllemagne et de leurs églises locales au dessus de ceux du pape ou de léglise dans son ensemble. Dans on rapport final de nonce à Berlin et Munich, en 1929, Pacelli décrit les quinze évêques des diocèses non bavarois qui étaient de son ressort en sa qualité de nonce de Berlin. Les jugements de Pacelli, précédés dune courte biographie de lévêque concerné, portent toujours sur trois domaines : la formation et la pureté de la doctrine de léglise catholique, le dévouement à légard du Saint- Siège et de son représentant local ; et enfin, le caractère, la conduite de vie et le comportement. Ainsi, par exemple, il dépeint lévêque Bertram (2) : « Son Eminence Bertram a, par ailleurs, une nette tendance à tout faire lui-même en laissant autant que possible le Saint-Siège de coté (sauf lorsquil a besoin de lui pour couvrir sa propre responsabilité) ». Pacelli expliquait le manque de fiabilité de Bertram à cause de sa formation : il navait pas étudié dans une université jésuite mais au sein dune université détat allemande où il avait ingurgité une « mauvaise théologie infiltrée de protestantisme » (3). Globalement, aux yeux du nonce, qui nétait tout de même quarchevêque et portait un jugement sur un cardinal situé au dessus de lui dans la hiérarchie ecclésiastique, Bertram se comportait de manière trop indépendante. Il nest pas étonnant que Pacelli, devenu cardinal secrétaire détat puis pape, nait jamais eu de véritable lien avec lui. La loyauté de Bertram à légard de létat devait se traduira par des lettres de vux annuelles pour lanniversaire dAdolf Hitler et, en mai 1945, par lordre de donner un requiem pour le führer après son suicide dans son bunker. Après la rédaction du rapport final, prés de la moitié des évêques allemands décéda en quelques années. Pour Pacelli, devenu cardinal secrétaire détat en 1930, ce fut loccasion de placer au sein de lépiscopat allemand des ecclésiastiques dont il avait confiance comme Mgr Prysing.
Il faut aussi avoir à lesprit que jusquen mars 1933, léglise catholique allemande et le Vatican sont officiellement contre la Nazisme. Alors que les milieux protestants, majoritaires en Allemagne, sétaient retournés massivement vers le national-socialisme, les évêques allemands avaient mis, eux, en garde contre le national-socialisme. Le cardinal munichois Faulhaber raconte : « [ ] quà Würzburg et Mayance, par exemple, on refusait des obsèques religieuses à tout national-socialiste encarté [ ] »(4). Pour Faulhaber, le caractère du national-socialisme comme religion prétendant remplacer le christianisme apparaissait en des points cruciaux dont il a dressé la liste à Pacelli :
- Dans la négation de lAncien testament et de lhistoire du peuple dIsraël comme faisant partie intégrante de lhistoire biblique et du christianisme.
- Dans le paragraphe 24 du programme du NSDAP qui affirmait vouloir remplacer la morale chrétienne par la morale germanique.
- Dans lacceptation des discours haineux dAlfred Rosenberg qui qualifiait le christianisme de : « plus grands malheur pour nous » et « laisse calomnier « Jésus-Christ, »le « sauveur du monde en tant que fils de la juive ».
http://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Rosenberg
- Dans la malédiction prononcée par Hitler de « la triple internationale (socialisme, Eglise, franc-maçonnerie) ».
- Enfin, le principal souci de Faulhaber portait sur la préservation des écoles catholiques. Il craignait quelles soient transformées en écoles interconfessionnelles.
A partir des élections de mars 1933, en Allemagne, et laccession dHitler au pouvoir, le Vatican a accueilli avec satisfaction et soulagement les déclarations faites (le 23 mars) par le chancelier qui affirmait :
- Considérer les deux « confessions chrétiennes » comme « des facteurs importants de préservation de notre peuple ».
- Respecter des concordats conclus entre le saint siège et les länder.
- Accorder et garantir « aux confessions chrétiennes linfluence qui leur revient dans lécole et léducation »
Cependant, au sujet du nazisme, le cardinal Pacelli ne pouvait dicter à léglise catholique allemande le changement dopinion du Vatican. « Jai répondu [ ] que la déclaration au reichstag était-de mon point de vue-satisfaisante, surtout relativement à léglise catholique, mais pour ce qui concerne le cas de conscience, jai répondu quil mest impossible danticiper sur la décision des évêques [allemands]», répondra Pacelli (5) à la demande du prince de Bavière davoir lassurance quune coopération des catholiques avec le NSDAP. Le 28 mars, le cardinal Bertram publiait une communication des évêques allemands sur la position de léglise catholique sur le national-socialisme dans laquelle il levait la condamnation « de certaines erreurs religieuses et morales »(6). Cette déclaration naïve de léglise allemande na pas fait le bonheur de Pacelli : « Il aurait mieux valu que les évêques présentent des exigences claires au gouvernement »(7) avant de retirer la condamnation du national-socialisme. En clair : les nationaux-socialistes avaient obtenu gratuitement la levée, si importante à leurs yeux, de la condamnation épiscopale, ce qui permettait pour la première fois aux catholiques dadhérer au NSDAP sans rompre avec léglise.
La proposition de concordat semble provenir de la venue de Papen à Rome début avril 1933.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Franz_von_Papen
Il est à noté quon peut lire sur la page wikipédia consacré à Papen que : « Pire, alors que Von Papen se rend à Rome en avril 1933 pour signer le concordat qu’il avait négocié avec le secrétaire d’État Pacelli ». Cest faux : le concordat sera paraphé le 8 juillet et signé le 20 du même mois.
3. Conclusion
Le président de la conférence épiscopale allemande, le cardinal Adolf Bertram et, avec lui, lépiscopat allemand, ne furent pas plus des marionnettes dépourvues de volonté dans la main du diplomate Eugénio Pacelli que le groupe parlementaire du Zentrum (parti politique catholique en Allemagne) au reichstag. Ces deux acteurs-les évêques dans leur domaine, celui du jugement du nationalsocialisme comme parti et comme idéologie dun point de vue doctrinal, et les députés du Zentrum lors du vote des pleins pouvoir- ont pris leurs décisions en toute indépendance et non à la suite dune directive romaine. Pacelli se rallia finalement à la position des évêques et du parti du centre, le Zentrum, croyant ainsi permettre à léglise dAllemagne de sortir de sa marginalité. La curie ne fut directement impliquée ni dans le vote de la loi des pleins pouvoirs par le Zentrum ni dans la déclaration des évêques ni dans lidée dun concordat avec le Reich. Bien sûr, la signature du concordat avec le Reich fut un pacte avec le diable. La normalisation dont Pacelli avait rêvé au début de lannée 1933 neut jamais lieu. Cest le contraire qui se produisit : un état durgence permanent, une machine de persécution et de destruction était mise en marche. Le Vatican allait être confronté au plus grand défi de son histoire. Tout cela pour dire que les rapports entre le Vatican et léglise allemande étaient loin dêtre aussi linéaires que M.Paturel a affirmé.
(1)Hubert Wolf, le Pape et le diable, CNRS édition, 2009, p 52.
(2)Hubert Wolf, le Pape et le diable, CNRS édition, 2009, p 53.
(3)Hubert Wolf, le Pape et le diable, CNRS édition, 2009, p 54.
(4) Hubert Wolf, le Pape et le diable, CNRS édition, 2009, p 172.
(5)Audience du 27 mars 1933 ; AVS, A.E.S., Stati Ecclesiastici, 4. Periodo, rubrique 430, fasc.359, fol.82r.
(6) Déclaration des évêques allemands sur les relations avec le national-socialisme, le 28 mars 1933, in Gruber, kirche, p 39.
(7) Hubert Wolf, le Pape et le diable, CNRS édition, 2009, p 177.
erratum
- A la place de : “Dans on rapport final de nonce à Berlin et Munich”, lire Dans son rapport final de nonce [...]
- A la place de : “il dépeint lévêque Bertram “, lire : il dépeint le cardinal bertram
J’oubliais…
On peut lire : “en janvier arrivée dHitler au pouvoir grâce au vote du parti catholique allemand”. Cest faux. Hitler n’accède pas au pouvoir grâce à une élection. Il est nommé par le président de la république, le vieux maréchal Hindenburg. Peu de temps auparavant, Hitler ayant accédé à la nationalité allemande et cétait représenté contre Hindenburg. Hindenburg avait été élu par 49 p cent des voix et Hitler avait obtenu 36 p cent.
http://www.encyclopedie.bseditions.fr/article.php?pArticleId=113&pChapitreId=34361
Cher “david weber”. Ne serait-ce pas plus courtois d’écrire “n’y a-t-il pas une erreur” au lieu de “c’est faux”? Certes, Hitler n’est pas arrivé au pouvoir comme chancelier par suite d’une élection. Il fut choisi par le président allemand. Mais son parti nationaliste remporta démocratiquement les élections grâce au soutien des Églises et particulièrement du clergé catholique.
Que l’arbre ne cache pas la foret!
C’est grâce à l’alliance avec Von Papen qu’Hitler devint chancelier car la parti national socialiste n’avait pas la majorité suffisante pour gouverner seul. Donner la référence est une mais bien lire le contenu est autre!
Ergoter sur les mots ne changera pas la réalité historique…
Erratum : lire à la place de “trop conseillez” trop conseiller
Erratum : à la place de “les peins”, lire les pleins…
A force de me planter, je vais finir par pousser…
Pouf, pouf !
remplacer “Ceci précisez” par ceci précisé…
Pas de problème, “david weber”, les petites fautes d’orthographe ne nuisent en rien à vos commentaires. Personne ne vous en tiendra rigueur, j’en suis certain!
;-)
Bonjour David et Baudouin
Tous mes remerciements pour vos commentaires et votre participation à ce débat sur l’Histoire
David a su apporter la contradiction dans un esprit ouvert, fournir ses arguments et données, le tout avec des termes qui n’agressent jamais l’interlocuteur
C’est agréable (et réconfortant) de s’apercevoir que dans notre démocratie libérale il est encore possible de débattre, d’être en désaccord (il est vrai que notre sujet divise depuis plus de soixante dix ans)et de s’apprécier malgré des points de vue divergents
Je pense que nous pourrions encore discuter durant des lustres sur cette période dramatique de l’Histoire.
Beaucoup de sites pourraient retenir la leçon…
Au plaisir de vous rencontrer
Cordialement