Secte : La machine à remonter le temps : 1974 - 2010 (part 3)

LE RAPPORT GUYARD :

UNE  REGRETTABLE SCORIE

Le rapport d’enquête parlementaire sur les sectes dit rapport Guyard a été rendu public le 10 janvier 1996. Ce dernier ne fait guère progresser le dossier sur le plan juridique. On pouvait espérer plus d’audace, d’es­prit de recherche 13 ans après le rapport Vivien !

Les parlementaires nous indiquent qu’il est impossible de distin­guer une secte d’une religion. Nous les remercions pour cette précieuse découverte qui est une évidence depuis… des décennies. L’information est aussi fondamentale que celle fournie par certains savants qui font fumer de malheureux lapins pour en déduire, au terme d’une brillante analyse, que le tabac est nocif. «La thèse est osée, mais comme toute thèse, parfaitement défendable» (extrait du film «Les tontons flingueurs»).

De façon assez paradoxale, après avoir affirmé (à juste raison) qu’une loi sur les sectes ne pouvait être édictée «faute de pouvoir déterminer l’objet de l’intervention de cette loi», le rapport propose des actions administratives, judiciaires (et de ce fait policières) contre…les sectes, une notion par nature indéfinissable !!! Comprenne qui pourra !

Puis, certainement pour couvrir ces incohérences, la Commission avoue, avec beaucoup d’humilité, qu’elle appréhende faiblement le phénomène sectaire. Ah bon !

Curieux «rapport» tout de même. Un tel document, s’il avait été exhumé dans le cadre de recherches historiques ou archéologiques, aurait fait l’objet de vives critiques de la part de l’ensemble de la communauté : politiciens, historiens, juristes, religieux, laïcs, sociologues, psychiatres… Tous auraient dénoncé les risques pour les libertés, la démo­cratie, la paix sociale.

Ce rapport, il convient de le rappeler, a été rédigé après seulement… 21 heures d’auditions. Qui a été entendu ? Nous l’ignorons ! La commission, certainement par souci de transparence afin de trancher avec les pratiques occultes des sectes honnies, a décidé d’opérer dans le secret, à huis-clos. Une véritable messe noire qui s’est déroulée dans le cadre de nos instances représentatives. Une conception originale de la démocratie.

Peut-on dès lors parler de «rapport», «d’étude», «d’analyse» ? Le rapport Vivien a été en gestation durant deux années, l’avis de la Com­mission consultative nationale des droits de l’homme a été mûri durant un an. Le rapport Guyard voit le jour au terme de 21 heures d’auditions et de six mois de travail ! Son contenu ne manque pas de surprendre :

page27-web.jpg

 

- après avoir reconnu que le phénomène sectaire est «difficile à défi­nit; peu aisé à mesurer, impossible à saisir dans sa globalité» (pages 5, 6 et 125),

- avoué «la difficulté de définir le ternie de sectes pour délimiter le champ de son étude» (page 6),

- affirmé que «l’approche du phénomène des sectes, comme de tout autre, suppose que ce concept soit clairement défini» (page 8),

- la commission sans aucune gêne, précise qu’il s’agit en réalité d’un ‘faux obstacle» et que finalement, il ne faut ‘pas se laisser arrêter» par ce genre de détail (page 6),

- puis, dans un admirable élan, le rapport nous donne une incroyable «définition» (sic) des «sectes» qui seraient des mouvements religieux «sur lesquels a pu, à un moment ou à un autre, peser le soupçon d’une activité contraire à l’ordre public ou aux libertés individuelles»,

- et d’énumérer dix indices «permettant de supposer ,l’éventuelle réalité de soupçons conduisant à qualifier de secte un mouvement se présentant comme religieux».

L’observateur reste pantois. Ainsi, au Pays des droits de l’homme, des principes libéraux fondamentaux sont balayés :

- présomption d’innocence,

- principe de légalité des délits et des peines (le code pénal exige une définition préalable précise des actes jugés répréhensibles. Il est interdit, sur la base d’un texte pénal flou, imprécis, de sanctionner par assimilation tout comportement jugé «dérangeant», non conforme aux valeurs de la «société bien pensante»),

- principe de laïcité de l’Etat,

- droit à un procès équitable rendu par des juges indépendants, (liste non exhaustive).

Dès qu’un «soupçon» atteint un mouvement, ce dernier peut être
 qualifié de «secte» et subir, pour reprendre l’expression de certains observateurs un véritable «lynchage médiatique». Un «soupçon» naît généralement de la rumeur populaire, cette dernière est suscitée par les médias qui sont eux-mêmes largement alimentés par les associations anti-sectes.

 page31.jpg

Douce France,

Cher Pays de mon enfance…”

LA GRANDE DIVERSITE DES NOUVEAUX MOUVEMENTS

Cette extrême diversité est à la fois réjouissante et inquiétante.
Réjouissante : la multiplicité des courants d’opinion est la preuve d’une très grande richesse intellectuelle, de l’ouverture d’esprit de tout un peuple, d’un climat de tolérance.

Inquiétante : une totale liberté permet parfois la constitution de groupes dont l’objectif est de dominer, d’asservir les populations (physiquement ou moralement, militairement ou par la propagande, brutalement ou de façon subtile et perverse).

Ce risque est un véritable défi pour les démocraties.

Les hommes réagissent diversement devant ce dilemme :
«O liberté ! que de crimes on commet en ton nom !»Madame Roland
«Liberté, liberté chérie,»Rouget de Lisle (la Marseillaise)

Ce thème peut donner lieu à un vaste débat philosophique, religieux, juridique.

En France : la liberté est le principe, l’interdiction l’exception.

Il convient néanmoins d’être vigilant et sur ce plan, des associations privées peuvent jouer un rôle utile à condition qu’il n’y ait ni excès, ni débordement, ni déviation, ni récupération. La matière traitée par ces associations privées est extrêmement complexe, mouvante et sensible.

Il est dangereux d’adopter une attitude rigide, simpliste, manichéenne à l’égard des mouvements minoritaires. La démarche se doit d’être prudente et menée avec sérieux, compétence, tolérance et respect des lois.

Que recouvre la notion de «sectes» dans l’esprit du public ?
Un raisonnement par élimination conduit à dire : tous les mouvements qui sont extérieurs aux religions traditionnelles.
Mais alors, quelles sont ces religions établies ? Et de citer, en fonction des effectifs et par ordre décroissant :
1- l’Eglise catholique romaine qui «regrouperait» 67% des soit environ 40 millions de personnes (le pourcentage était de 81% en…1986).

page71-web.jpg

2- l’Islam qui «rassemblerait» près de 2,5 millions de personnes en raison de la présence sur le territoire de travailleurs immigrés.

3- l’Eglise protestante qui «confédérerait» 950.000 personnes

4- le Judaïsme qui se «composerait» de 535.000 membres A ce stade des statistiques, une question se pose.

Faut-il arrêter cette liste à partir de la 4e» religion (ou de la 3ene place, comme pour le podium des jeux olympiques) ?

En effet, en Sème position nous trouvons les chrétiens Témoins de Jéhovah avec plus de 126.000 membres baptisés (les Témoins de Jéhovah ne baptisent que les personnes en «âge de discernement») et plus de 102.000 sympathisants (mêmes exigences).

Statistiques qui posent des problèmes à l’ADFI catholique qui a décidé, de façon discrétionnaire et autoritaire, de classer les Témoins de Jéhovah parmi les sectes. Ce classement est contre toute logique arithmétique. Il est vrai qu’il permet d’agresser cette organisation religieuse et de l’accabler de tous les maux…
Par ailleurs, que recouvrent ces données brutes ?

Les chiffres communiqués par l’Eglise des Témoins de Jéhovah n’englobent que la population «capable de discernement». Cette notion figure dans les nouveaux textes édictés en faveur des enfants :
- article 12 de la convention relative aux droits de l’Enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 et publiée en France par le décret n° 90­917 du 8 octobre 1990 (J.O. 12 octobre 1990) :

« Les Etats garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité (…)».
- articles 388-1 et 388-2 du code civil français, rédaction résultant de la loi n° 93-22 du 8 janvier 1993 :

«Dans toute procédure le concernant, le mineur capable de discernement peut, sans préjudice des dispositions prévoyant son intervention ou son consentement, être entendu par le juge ou la personne désignée par le juge à cet effet.

Lorsque le mineur en fait la demande, son audition ne peut être écartée que par une décision spécialement motivée. Il peut être entendu seul, avec un avocat ou une personne de son choix (…)».

Les enfants non doués de raison sont systématiquement exclus des statistiques fournies par l’Eglise chrétienne des Témoins de Jéhovah.
En est-il de même au sein des autres confessions ?

Il convient de relever la précision des chiffres fournis par l’Eglise des Témoins de Jéhovah. Ainsi, en 1995 le recensement fait état de 126.508 pratiquants et de 228.783 pratiquants et sympathisants.

Nous sommes loin des approximations grossières (67% de la population!! !) des «Grandes Eglises».

Cette touchante précision quant au nombre exact de «brebis», cette consi­dération pour chaque fidèle sont conformes à l’enseignement du Christ. Jésus n’a-t-il pas dit à Pierre : «Fais paître mes petites brebis» (Luc 21 : 15).

Cette recommandation a été formulée à trois reprises pour accentuer l’intérêt sincère qu’il convenait de manifester à l’égard «des petits», de…chaque petit.

L’oubli de cette prescription dictée par l’amour du prochain explique certainement l’actuelle crise spirituelle.

Les religions précitées englobent indifféremment dans leurs effectifs : les adultes, adolescents, enfants et…nourrissons, les pratiquants et non- pratiquants.

Il est douteux que les 67% de Français considérés comme catho­liques assistent à la messe, le dimanche matin, compte tenu des longues files d’attente devant les P.M.U., cafés et buvettes, pâtisseries… à l’heure de l’office religieux.

« Bizarre, vous avez dit bizarre ? »

Par ailleurs, les quatre premières religions françaises (au plan des effectifs) constituent en réalité de véritables «nébuleuses» (expression empruntée à l’ouvrage du Professeur Pierre Barrucand : «Haines d’hier et d’aujourd’hui. Campagnes anti-juifs, anti francs-maçons, anti-sectes». Le Professeur Barrucand est Maître de recherche au CNRS, médaillé de la Résistance).

Certaines Eglises présentent un aspect diffus et vaporeux incontestable. Reprenons nos quatre «Big»:

L’Eglise catholique est divisée :

« Nous sommes inquiets. Il n’est pas un séminaire qui ne soit divisé entre intégristes, progressistes et partisans du statu quo» (J. Ellis, le «National Catholic Reporter» du 19 octobre 1979). La situation s’est aggravée depuis 1979. La division atteint les fidèles.

L’Eglise protestante englobe dans son effectif de 950.000 personnes environ «140.000 non-membres : certains baptistes, pentecôtistes, méthodistes, mennonites, quakers, darbystes, évangélistes libres, adventistes et l’Armée du Salut» (le «Quid» 1993 page 530 b).

Le mouvement se scinde en divers courants : Eglise réformée (ou calviniste), Eglise luthérienne, Eglises congrégationalistes… Cette diversité n’est pas une cause de rivalité. La paix qui règne en Ardèche le démontre.

L’Islam n’échappe pas à ce phénomène avec l’apparition récente d’un intégrisme qui inquiète les pouvoirs publics et suscite la vigilance des Renseignements Généraux. L’ADFI catholique ne se préoccupe nullement de ce dossier, jugé…trop dangereux. Elle préfère agresser des communautés pacifiques. Courageuse, mais pas téméraire… Parallèlement à l’existence de divisions anciennes (Chiisme, inamites, ismaéliens, zaïdites, ismaèliens nizârites, kharedjisme, soufisme, sunnites…) de nouveaux courants sont nés (Ahmadiya, Frères musulmans, Mouridisme, Salafiya, Sanûsiya, Tablighi, Wahhabisme…).

Le Judaïsme révèle de semblables divisions entre Orthodoxes, Conservateurs, Libéraux.

Selon le Professeur Barrucand : «Il existe peu de rapport entre le judaïsme libéral de la rue Copernic et certains groupes dits orthodoxes» (ouvrage précité).

Secte : La machine à remonter le temps : 1974 - 2010

Pierre Burrucand haine d’hier et d’aujourd’hui

 

Laisser une réponse